De l'avis de la Commission nationale des libérations conditionnelles (CNLC), Sharon Simon, appelée «la reine de Kanesatake», est encore un peu trop fière de ses fastueuses années dans le milieu interlope pour être libérée du pénitencier à la moitié de sa peine.

André Cédilot LA PRESSE

Condamné à 50 mois de pénitencier pour gangstérisme, trafic de cannabis et blanchiment d'argent, à la mi-octobre 2007, Sharon Simon est incarcérée à la prison pour femmes de Joliette, où se trouve également sa fille de 24 ans. À l'instar de sa mère, Annie Arbic a vu sa demande refusée, en février. Elles devront toutes deux attendre l'an prochain avant d'être libérées.

 

«Chaque jour que je me lève et que je vois ma fille à côté de moi en prison, ça me brise le coeur», a déclaré Sharon Simon.

Bien qu'elle en soit à son premier séjour en prison, elle a écopé deux fois dans le passé de fortes amendes - 12 000$ et 35 000$ - pour de la contrebande de tabac et de la production de marijuana. Âgée de 51 ans, elle fraie dans le monde criminel depuis plus de 15 ans.

Après des années tranquilles à élever ses deux enfants avec un mari ayant une entreprise de construction, Sharon Simon dit avoir «basculé» après sa séparation. Attirée par la belle vie et l'argent facile, elle est tombée follement amoureuse du caïd André Lagarde. Actif dans divers rackets à Laval et dans les Basses-Laurentides, il a mystérieusement disparu au tournant des années 2000. «Je pense qu'il avait de grosses dettes envers des personnages importants», a-t-elle dit aux commissaires.

Un grand réseau de contacts

Après 11 années passées à ses côtés à fréquenter des membres du crime organisé, elle a développé plein de contacts qui l'ont fait s'enfoncer davantage dans la criminalité. Elle est sortie avec quelques autres criminels, dont un n'a jamais été revu non plus. Elle venait de rompre avec le mafioso Sergio Piccirilli, impliqué dans un conflit qui a failli dégénérer en guerre ouverte avec le clan Rizzuto, quand elle a été arrêtée à son domaine de Kanesatake, le 21 juin 2006.

«Comme je connaissais tout le monde, on m'appelait, par exemple, pour acheter 50 livres de marijuana ou échanger de l'argent dans un bureau de change. Je faisais les arrangements, et je touchais ma cut sur les transactions», a-t-elle expliqué. «Yes, my life was a party!» s'est exclamée sans sourciller la quinquagénaire à la chevelure blonde permanentée quand un des commissaires a comparé son style de vie à celui du célèbre gangster américain Al Capone.

Un «bunker»

Dans la même veine, les deux commissaires se sont dits extrêmement troublés d'apprendre que sa maison, évaluée à 1,5 million - elle est présentement louée à bon prix à une personne dont elle ignore le nom - était un véritable «bunker» avec ses grillages et ses caméras de surveillance. Autre détail inquiétant à leurs yeux: des amis y pratiquaient le tir au pistolet et même au fusil mitrailleur AK-47 sur ses terres.

«Vous savez que Kanesatake est une poudrière (war zone), et vous laissiez faire», a noté un commissaire, en lui reprochant la désinvolture avec laquelle elle a abordé, durant l'audience, des aspects de sa criminalité. «Dans certains cas, on a l'impression que vous êtes plus prudente, que vous soupesez vos réponses», ont-ils dit en rendant leur décision, au terme d'un long délibéré.

À la sortie de la salle d'audience, ébranlée par le rejet de sa demande, Sharon Simon a trouvé réconfort dans les bras de sa fille qui l'attendait dans un petit hall de la prison.