Ça peut sembler paradoxal: alors qu'on ferme des écoles à Longueuil, on en réclame de nouvelles à Mirabel, à Vaudreuil-Dorion et à Candiac. Faute de place dans des écoles pleines à craquer, des centaines d'enfants ne peuvent être scolarisés dans leur quartier, dont la population est en plein essor. Il faut les envoyer en bus à des kilomètres de chez eux, en attendant la construction de nouvelles écoles. L'étalement urbain coûte cher à la collectivité et nuit à l'environnement, mais il ne semble pas près de s'arrêter.

Marie Allard LA PRESSE

Demain matin, la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, inaugurera la nouvelle école secondaire de Mirabel, construite afin d'accueillir une population scolaire en expansion. Alors que des écoles ferment dans les vieux quartiers, celles de la deuxième couronne débordent.

 

«Il y a encore des secteurs en croissance, même si, globalement, la clientèle scolaire est en décroissance», dit Denis Pouliot, porte-parole de la Fédération des commissions scolaires.

Officiellement, à peine trois des 70 commissions scolaires de la province compteront plus d'élèves l'an prochain: Marguerite-Bourgeoys (ouest de l'île de Montréal), des Trois-Lacs (région de Vaudreuil) et Sir-Wilfrid-Laurier (secteur anglophone de Laval). Mais cela cache une réalité plus complexe. «Il y a des quartiers qui se construisent, où les jeunes familles s'installent, ce qui oblige les commissions scolaires à demander la construction d'écoles au ministère de l'Éducation, même si d'autres secteurs de leur territoire sont en décroissance», note M. Pouliot.

«Ça nous prendrait des écoles sur roulettes, mais on n'en a pas», blague Jocelyn Blondin, président de la commission scolaire des Portages-de-l'Outaouais. Pendant que l'est de son territoire se vide d'enfants, l'ouest explose. «Dans le secteur d'Aylmer, nous construisons une nouvelle école primaire de 550 élèves, pour une ouverture en septembre 2010, dit M. Blondin. On prévoit déjà en demander une autre dans trois ou quatre ans.»

Gestion des deniers publics

Il reste à savoir si Québec acceptera de financer un énième établissement. «Les projets doivent être analysés cas par cas, indique Jean-Pascal Bernier, attaché de presse de Mme Courchesne. Il faut regarder différents facteurs, dont notamment la proximité des autres écoles ainsi que les projections démographiques.» Dix requêtes sont actuellement «en analyse», selon une liste fournie par le Ministère.

«Souvent, le Ministère oblige les commissions scolaires à remplir les écoles qu'elles ont déjà avant d'en construire de nouvelles, indique M. Pouliot. Les parents sont mécontents parce que c'est plus loin de chez eux. C'est évidemment une question de gestion des deniers publics, mais il faut que ça reste raisonnable. Si on multiplie les coûts de transport scolaire, ce n'est pas mieux.»

Écoles demandées à Vaudreuil-Dorion et à L'Île-Perrot

Maintenant qu'elle a sa nouvelle école secondaire à Mirabel, la commission scolaire de la Rivière-du-Nord réclame deux écoles primaires supplémentaires. L'une pour desservir Mirabel et Saint-Colomban, l'autre pour Saint-Hippolyte, Prévost, Sainte-Sophie et Saint-Jérôme, où affluent les jeunes familles.

Déjà, cette année, 100 élèves de Rivière-du-Nord ont dû changer d'école, faute de place dans leur quartier. Et le Ministère «prévoit pour notre secteur une augmentation de la clientèle au préscolaire et au primaire jusqu'en 2017», ont fait valoir les commissaires lors de leur conseil du 14 avril.

À la commission scolaire des Trois-Lacs, on prévoit une hausse du nombre d'élèves au moins jusqu'en... 2019. Deux nouvelles écoles primaires (ou deux agrandissements) viennent d'être demandées, à Vaudreuil-Dorion et à L'Île-Perrot. «Il faut ajouter 51 classes au primaire, on ne parle pas de quelques-unes de plus», souligne Colette Frappier, conseillère en gestion aux Trois-Lacs.

À Vaudreuil-Dorion, comme à Mirabel ou à Candiac, «on devient une banlieue de Montréal, note Mme Frappier. Avant, on était une deuxième couronne, mais ça a changé.»

 

VILLES OÙ L'ON RÉCLAME DES ÉCOLES PRIMAIRES

> Blainville

> Candiac

> Gatineau

> Joliette (anglophone)

> Laval (anglophone)

> L'Île-Perrot

> Mirabel/Saint-Colomban

> Saint-Hippolyte/Prévost/ Sainte-Sophie/Saint-Jérôme

> Saint-Lazare (anglophone)

> Vaudreuil-Dorion

Sources: MELS et commissions scolaires

 

Allard, MarieLes vieux quartiers se vident

Seules trois commissions scolaires - sur 70 dans tout le Québec - seront en croissance l'an prochain. Il s'agit des commissions Marguerite-Bourgeoys (ouest de l'île de Montréal), des Trois-Lacs (Vaudreuil-Dorion) et Sir-Wilfrid-Laurier (secteur anglophone de Laval).

Ces chiffres cachent une autre réalité: les écoles peuvent être pleines à craquer dans les nouveaux lotissements résidentiels d'une région et se vider dans les vieux quartiers. Même s'il n'y a pas nécessairement de hausse de clientèle dans l'ensemble d'une commission scolaire, le besoin d'ouvrir de nouvelles écoles (et de fermer les anciennes) peut être criant.

Dans l'ensemble du Québec, la tendance est à la baisse, avec une perte de plus de 18 000 élèves dans le secteur public l'an prochain.