La scolarisation de jeunes du groupe religieux la Mission de l'Esprit-Saint dans une école clandestine, révélée par La Presse, préoccupe la ministre de l'Éducation Michelle Courchesne. «Ça m'inquiète énormément, c'est évident», a-t-elle dit hier.

Marie Allard LA PRESSE

Les 150 enfants de la Mission de l'Esprit-Saint n'ont pas été inscrits dans les écoles régulières, après la fermeture de leur école illégale, l'Institut Laflèche, par ordonnance de la Cour supérieure en 2007. Ils sont scolarisés par leurs parents ou se regroupent dans des écoles clandestines situées dans des maisons privées.

 

L'une d'elles, située à Crabtree, était connue du Ministère, qui l'a inspectée en juin dernier. Sans la faire fermer. «On me dit qu'ils sont en demande de permis, a indiqué la ministre. Il faut bien comprendre qu'il y a des étapes légales qui doivent être suivies. Mais quant à moi, il faut qu'on agisse le plus rapidement possible dans ces situations-là.»

Hier, le Ministère a «fait des rappels» à la commission scolaire des Samares pour s'assurer que les enfants de la Mission soient bien évalués, a assuré Jean-Pascal Bernier, attaché de presse de Mme Courchesne.

Quant au fait que des enfants continuent de fréquenter l'Institut Laflèche pour des activités para-scolaires ayant lieu en plein jour, la ministre n'y peut rien, selon M. Bernier. «Comme le jugement permet les activités parascolaires, le Ministère ne peut pas intervenir», a-t-il dit.

Il faut sortir les jeunes de là, dit le PQ

«Il y a du laxisme là-dedans, a dénoncé Pierre Curzi, critique péquiste en matière d'éducation. Il faut sortir les jeunes de là, que la ministre prenne courageusement la décision de dire: ça suffit et on va agir. S'il n'y a pas de moyens législatifs, qu'on fasse des modifications. On va être d'accord avec une réglementation qui permet d'intervenir au moment où la santé psychologique et le futur de jeunes enfants, qui sont visiblement victimes, sont en jeu.»

«Nous ne commenterons pas», a quant à lui fait savoir Gary Baribault, porte-parole de la Mission de l'Esprit-Saint, par courriel.

La municipalité de Crabtree ignorait qu'une maison privée de son territoire sert d'école clandestine pour 11 adolescents. «Dans cette zone-là, on ne permet pas les services éducationnels comme une maternelle ou une école», a dit Christian Gravel, directeur général adjoint de Crabtree.

M. Gravel croyait que la propriétaire de la maison de la 9e rue n'enseignait qu'à ses propres enfants (ce qui est légal). «Ça ne sera pas permis d'avoir une école là, a-t-il affirmé. Le conseil municipal ne veut pas qu'on permette les écoles sur tout le territoire.»

Travaux de 1,1 million à l'Institut Laflèche

La Presse a par ailleurs appris que l'Institut Laflèche a fait des travaux d'agrandissement d'une valeur de 1,1 million, selon l'architecte qui a fait les plans. «Ça doit être fini depuis à peu près deux ans, a dit Michel Tellier, architecte chez Tellier&Carvalho architecture, de Joliette. Un premier projet a consisté à «modifier de l'existant» et le second, «c'était l'ajout de la cuisine centrale avec quatre locaux à l'étage pour l'enseignement», a-t-il expliqué.

Quelle est la fonction de ces ajouts, puisque l'école y est interdite? «C'était construit en rapport avec des besoins futurs, a indiqué M. Tellier. Je sais qu'ils font des réunions. Ce n'est pas occupé comme avant.» À l'époque où il y avait une école, «c'était des parents qui enseignaient là, c'était vraiment fait en autonomie. D'ailleurs, le gouvernement du Québec devrait encourager ça, ça ne lui coûte rien», a estimé l'architecte.

Avec la collaboration de Tommy Chouinard