Le Parti québécois (PQ) fera table rase en novembre prochain. L'article 1 sera remanié en un nouveau « texte fondateur », une déclaration de principe, et la mécanique même des décisions au parti sera totalement revue dans un congrès « extraordinaire » prévu en novembre.

Mis à jour le 24 mars 2019
DENIS LESSARD LA PRESSE

Dans un ralliement surprenant, hier, en toute fin de journée au Conseil national du PQ, une douzaine de jeunes péquistes, qui avaient signé une lettre d'appui à la démarche de la démissionnaire Catherine Fournier, ont publiquement appuyé le projet de refonte du parti. Le vote d'hier, une sanction des deux tiers des 300 délégués, « nous permet de prendre nos statuts, de les mettre à la poubelle et de recommencer », a lancé Frédérique St-Jean, la présidente du Comité national des jeunes du parti, entourée de plusieurs signataires.

Les auteurs de la lettre rendue publique par La Presse la semaine dernière, intitulée « Écrire l'avenir ensemble », disaient « partager le constat » de Mme Fournier, qui invoquait « l'incapacité du Parti québécois à rejoindre la génération montante ». « On a une ouverture à tout refaire, à tout remettre en question », résume Mme St-Jean.

La journée avait mal débuté pour les militants. Un jeune sympathique à la démissionnaire Catherine Fournier, Félix Pelletier-Belzile, conseiller au comité des jeunes, avait claqué la porte du comité avant même l'ouverture du Conseil national. Les interventions du chef intérimaire, Pascal Bérubé, en marge de l'exécutif vendredi soir ne lui inspiraient rien de bon, a-t-il expliqué ; les décisions semblaient prises à l'avance sans tenir compte des jeunes, selon lui. Il quittait le poste qu'il occupait depuis un mois, mais restait militant au PQ.

En fin de journée, Pascal Bérubé, chef parlementaire, saluait ces gens qui cette semaine « avaient signé une lettre indiquant que le PQ n'était pas en mesure de les convaincre. Ils ont tous embarqué et dit : on fait confiance au PQ ». 

« On est aujourd'hui bien plus réunis et en ordre de marche pour la suite des choses. » 

Le choix du prochain chef sera fait en 2020, mais l'exécutif ne vise plus avant l'été - on veut attendre de voir ce que fera le Parti libéral du Québec.

VERS LE CONGRÈS « EXTRAORDINAIRE »

Mais ces jeunes « ralliés » hier restaient ambigus sur le sens de leur adhésion. Curieusement, quand on lui demande pourquoi il juge que le PQ est finalement « le bon véhicule », Jérémi Lepage, leader des jeunes de l'Estrie et l'un des signataires, se rebiffe : « Ce n'est pas ce qu'on est en train de dire, ce qu'on vient de voter. Le congrès extraordinaire nous permet de faire tout ce qu'on veut, sauf mettre de côté l'indépendance. »

Le congrès de novembre pourrait bien être le dernier de ces happenings biennaux, toujours fébriles au PQ, selon Frédérique St-Jean. « On n'a pas à avoir des instances toujours très procédurales, très lourdes. Les statuts sont un carcan, on a hâte d'avoir plus de place », a lancé Mme St-Jean. Une plateforme web pourrait être un lieu de rassemblement, les instances pourraient se faire par Skype, a-t-elle suggéré.

Autres conséquences de la revue des règles : le programme du PQ ne sera plus ce document toujours touffu, de plus de 100 pages ; il pourrait être réalisé à partir d'une série de colloques régionaux. Chez les stratèges péquistes, on confie aussi que le parti pourrait se défaire de règles d'investiture qui empêchent le chef de choisir un candidat pour une circonscription - à la Coalition avenir Québec, François Legault peut désigner tous les candidats, rappelle-t-on.

Le congrès « extraordinaire » est une première depuis 1985, au PQ. La direction du parti voulait ramener de dix à quatre le nombre des délégués par circonscription, pour des raisons financières. Mais, devant la pression de la salle, on a accepté que les délégations restent aussi importantes, à dix, mais les six militants ajoutés devront payer leur écot. Les échanges de vues sur la campagne de financement de 2019 ont aussi été ardus ; plusieurs craignaient que l'objectif de 1 million de dollars finalement décidé soit trop difficile à atteindre pour un parti sans chef, alors que le Bloc québécois sollicitera aussi les mêmes militants. Autre débat douloureux : les militants ont dû accepter que seulement 10 % des fonds qu'ils amassent restent dans la cagnotte des circonscriptions - le reste ira au national.

Le parti « a vraiment [pris] une débarque », dira sans détour Mme St-Jean. Mais, devant les délégués, elle reconnaissait vivre des jours difficiles comme ténor péquiste. 

« [Actuellement], être péquiste sur un campus de collège ou d'université, ce n'est pas plaisant. »

En plénière, le président de la Commission politique, Alexis Gagné-Lebrun, n'a pas ménagé les délégués. Dans le même mandat, « on a appuyé un chef comme Pierre Karl Péladeau, très volontariste pour la tenue d'un référendum, puis Jean-François Lisée, qui ne voulait pas de référendum. C'est nous qui avons fait ça ! »

MOINS DE MEMBRES

L'effectif, a-t-on appris par ailleurs, est à un creux historique - sous Jean-François Lisée, on se targuait d'avoir 80 000 membres. Mais, en début de semaine, la députée Catherine Fournier, qui venait d'assister à sa dernière réunion de l'exécutif, parlait plutôt de 40 000 membres. Le parti a une dette de plus de 2 millions de dollars et n'a pas fini de payer les fournisseurs de la dernière campagne électorale. Sa permanence quittera bientôt l'avenue Papineau - le loyer est devenu beaucoup trop cher. Six « agents de liaison », employés politiques à l'Assemblée nationale, ont été remerciés.

L'exécutif se dit même prêt à changer le nom du parti, si nécessaire. Une hérésie pour Marc Laviolette, syndicaliste, président du comité exécutif du PQ dans la circonscription de Beauharnois. « Les Alouettes [de Montréal] ont essayé ça, s'appeler Condors, la Machine. Ils sont revenus aux Alouettes. On est dans un cycle baissier, ce que ça prend, c'est de la patience », a-t-il lancé.

Applaudi, le nouveau chef du Bloc québécois, Yves François Blanchet, s'est voulu rassurant quand il s'est adressé aux militants. L'automne dernier, les sept députés du Bloc avaient claqué la porte du parti, les journalistes en faisaient la fiche nécrologique. Or, depuis, « les députés sont revenus, et personne n'ose douter de notre retour ! », a-t-il lancé. Ce revirement est survenu en six mois ; or le PQ peut compter sur trois années avant le prochain test électoral.