Le premier ministre François Legault se dit confiant de faire des gains avec les libéraux de Justin Trudeau d'ici les élections de l'automne, même si les discussions achoppent sur quelques fronts et que le ton monte entre les deux capitales. Le bras droit d'un ministre fédéral en vient même à accuser la vice-première ministre du Québec de dire «n'importe quoi».

Mis à jour le 13 mars 2019
TOMMY CHOUINARD LA PRESSE

Ottawa a opposé une fin de non-recevoir à Québec quant à la réduction du seuil d'immigration et aux conditions supplémentaires que celui-ci veut imposer à l'obtention de la résidence permanente.

Le gouvernement Trudeau s'oppose également aux intentions de François Legault en matière de laïcité. Ce dernier est prêt à utiliser la clause dérogatoire à la charte canadienne des droits et libertés pour interdire le port de signes religieux chez les agents de l'État ayant un pouvoir de coercition (policiers, gardiens de prison, procureurs de la Couronne et juges) de même que chez les enseignants. «Comment la mécanique va se passer (pour le recours à la clause), ça va être dans le projet de loi» qui sera déposé bientôt, a-t-il mentionné mercredi, laissant donc entendre qu'il irait de l'avant avec cette mesure.

Deux autres enjeux provoquent des flammèches depuis quelques jours: le financement du projet de tramway, d'une valeur de trois milliards, et le pont de Québec.  

Dans le premier cas, Québec, qui finance le projet à hauteur de 1,8 milliard, reproche à Ottawa la manière dont celui-ci veut donner sa part de 1,2 milliard. Le gouvernement Trudeau veut puiser 400 millions dans le fonds dédié au transport en commun mais pour le reste, «il nous demande de piger dans une autre enveloppe qui est pour toutes sortes de mesures environnementales, [...] de prendre la moitié de cette enveloppe et qu'on coupe dans tous les projets d'environnement pour ajouter ça au transport en commun. Ça n'a pas de bon sens», a déploré François Legault. Il se dit «surpris» que le ministre fédéral Jean-Yves Duclos fasse des «remontrances» à son gouvernement dans ce dossier.

Dans une sortie inusitée de la part d'un membre de personnel politique, le chef de cabinet de M. Duclos, Olivier Duchesneau, a écrit sur Facebook que «c'est complètement aberrant de voir» la vice-première ministre et responsable de la région de Québec, Geneviève Guilbault, «dire n'importe quoi» dans ce dossier. «Québec devrait arrêter de bloquer le projet de tramway et prendre le 1,2 milliard sur la table au fédéral», a-t-il ajouté.

Un commentaire «très impoli», surtout que l'on «sait de quoi on parle», a réagi le ministre des Transports, François Bonnardel.

«C'est particulier», a dit de son côté Mme Guilbault, qui affirme avoir de bonnes relations avec M. Duclos. Elle maintient la pression sur le fédéral. «Je me mets à la place d'un élu libéral fédéral qui s'en va en élection cette année: j'ose croire qu'ils ont envie d'avoir des réalisations ou un bilan pour la région de Québec, et je leur suggère bien humblement d'inscrire le tramway et le pont de Québec parmi ces réalisations.»

Dans ce dernier cas, Ottawa s'était engagé en 2015 de refaire la peinture du pont l'année suivante, ce qui n'est toujours pas fait. Il demande à Québec de l'aider à payer la facture en versant 186 millions de dollars. C'est hors de question pour le gouvernement Legault, qui a déjà promis d'investir 200 millions pour retaper le tablier de ce pont appartenant au CN.

François Legault reste optimiste malgré tout, lui qui déclarait que sa forte majorité allait lui permettre d'obtenir des réponses favorables d'Ottawa à ses demandes.

«Il y a des gains qui vont être faits d'ici l'élection, et d'autres après l'élection» fédérale de l'automne. «Laissez-nous un petit peu de temps. Ça fait cinq mois» que la CAQ est au pouvoir, a-t-il affirmé avant une réunion de son conseil des ministres.

Il entend être «ferme» dans ses demandes, notamment en matière d'immigration et de financement de projets d'infrastructures. Il relève que le chef conservateur Andrew Scheer se dit «ouvert à donner (au Québec) plus d'autonomie en matière d'immigration» ce qui est «une bonne nouvelle».