« Inquiet » de l'avenir de SNC-Lavalin, le gouvernement Legault n'entend toutefois pas intervenir de manière préventive pour bloquer une éventuelle prise de contrôle hostile par une société étrangère, a appris La Presse.

Mis à jour le 8 mars 2019
DENIS LESSARD LA PRESSE

La situation de la firme SNC-Lavalin est bien différente de cas passés qui pourraient sembler similaires, notamment l'offre hostile faite à Rona en 2012 et la crise qui a frappé Bombardier avant qu'elle cède la C Series à Airbus, explique-t-on dans les coulisses à Québec.

Actuellement, la Caisse de dépôt et placement a pris fait et cause pour SNC-Lavalin, avec un vibrant plaidoyer de Michael Sabia quant à sa confiance en l'avenir de la société malgré les problèmes actuels. Même en privé, M. Sabia se dit tout aussi convaincu de la solidité de l'entreprise, confie-t-on. La Caisse est « en contact suivi » avec la direction de l'entreprise, le gouvernement « est inquiet mais pas paniqué », résume une source de haut niveau à Québec. 

En février, alors qu'il dévoilait ses résultats pour 2018, M. Sabia a réitéré sa confiance devant le potentiel « impressionnant » de la société et promettait que la CDP allait demeurer « un pilier » pour l'avenir de la firme.

Pour le gouvernement Legault, les problèmes de SNC-Lavalin, à court et à moyen terme, posent davantage des « enjeux réputationnels » que des enjeux financiers. Le carnet de commandes de la firme reste bien garni, « et il n'y a pas d'intervention gouvernementale exigée à ce moment-ci », résume-t-on.

Les exemples de Rona et de Bombardier

En 2012, le ministre des Finances de l'époque, Raymond Bachand, avait demandé à Investissement Québec d'acquérir 10 % des actions de Rona pour freiner l'appétit du groupe Lowe's, qui voulait injecter 1,8 milliard pour prendre le contrôle de la chaîne de quincailliers québécoise. Avec la Caisse de dépôt et le Fonds de solidarité FTQ, la participation d'Investissement Québec a permis d'atteindre 35 % de l'actionnariat de Rona, formant ainsi une « minorité de blocage », avec le regroupement des actionnaires opposés à la prise de contrôle. Actuellement, la Caisse de dépôt a tout près de 20 % des actions de SNC-Lavalin. Ce n'est pas loin du niveau requis pour bloquer une éventuelle prise de contrôle hostile, confie-t-on.

La situation de SNC-Lavalin est aussi bien différente de celle de Bombardier, qui traversait une crise de liquidités avant de se défaire de la C Series au profit d'Airbus.

À Québec, on estime que la population au Québec est plus partagée qu'on pourrait croire quant à la nécessité de protéger SNC-Lavalin. Le contrôle québécois est important, mais la proportion de gens qui croient que les grandes entreprises s'en tirent toujours impunément n'est pas négligeable.

La gestion du dossier SNC-Lavalin par le gouvernement Trudeau a aussi contribué à assombrir les relations entre Québec et Ottawa. Au gouvernement Legault, on avoue être médusé devant le dérapage national d'un dossier dont les solutions semblaient plutôt évidentes.

On souligne qu'avant le reportage percutant du Globe and Mail, faisant état de pressions politiques subies par la procureure générale Jody Wilson-Raybould, les signes transmis par le gouvernement Trudeau allaient tous dans le même sens : la société allait échapper à un procès potentiellement catastrophique.

On ne met pas en cause le cabinet de Justin Trudeau à Québec, mais on comprend que des ministres fédéraux avaient donné des assurances assez nettes quant à un règlement sans complications de ce dossier.