Le projet de loi qui interdira le port de signes religieux aux employés de l'État en position d'autorité, ce qui inclut les enseignants, « ne passera pas comme une lettre à la poste », reconnaît François Legault.

Mis à jour le 30 janv. 2019
HUGO PILON-LAROSE LA PRESSE

Réunis en Outaouais pour leur caucus d'avant-session parlementaire, les députés de la Coalition avenir Québec (CAQ) débattent mercredi de la possibilité d'inclure une « clause grand-père » au projet de loi sur la laïcité que déposera le ministre Simon Jolin-Barrette « rapidement » cet hiver.  

« On va déposer un projet de loi qui va interdire les signes religieux pour les juges, les gardiens de prison, les policiers et les enseignants du primaire et du secondaire. Pour ce qui est des modalités et des clauses grand-père, il y a des arguments pour et contre », s'est limité à dire le premier ministre Legault.  

« Je comprends que certaines personnes sont racistes et voudraient que l'on bannisse tous les signes religieux du Québec, mais ce n'est pas notre approche. Nous avons choisi un compromis qui est bien plus [clément] que ce qu'on voit en France, par exemple », a-t-il poursuivi.

Si le gouvernement promet d'interdire aux enseignants des écoles publiques primaire et secondaire de porter des signes religieux, ceux qui travaillent dans les écoles privées subventionnées pourront continuer d'agir comme bon leur semble.  

« Certaines écoles privées, quand on regarde la petite histoire, ont été gérées par des religieuses ou par différents groupes proches de certaines religions. Ce n'est pas notre intention [de les inclure au projet de loi]. Un moment donné, on a délimité un carré de sable et on ne les a pas inclus », a dit M. Legault.  

« Un moment donné, [on fait] un pas en avant [avec ce que l'on propose]. Vous allez voir, je ne pense pas que ça passera comme une lettre à la poste. Prenons donc une moins grosse bouchée et assurons-nous qu'on l'avale bien », a-t-il ajouté.  

Selon des sources de La Presse, le gouvernement Legault craint aussi l'émergence dans les médias d'une madame « Lazhar » portant le voile, faisant référence au film « Monsieur Lazhar », mettant en scène un enseignant-immigrant modèle. Cette crainte explique entre autres pourquoi la CAQ débat mercredi de la possibilité d'inclure une clause de droits acquis pour protéger l'emploi d'un tel cas de figure. 

Le caucus divisé 

Or, l'idée d'inclure une telle clause de droits acquis pour les fonctionnaires portant déjà un signe religieux et occupant un poste en position d'autorité ne fait toutefois pas l'unanimité au caucus de la CAQ. Pierre Dufour, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, a affirmé mercredi que ces clauses, qui « imputent un paquet d'éléments [...] il faut faire très attention avec ça ».  

La députée d'Iberville, Claire Samson, a également affirmé que ses concitoyens lui ont exprimé de vives réticences face à cette position, qui est notamment défendue par le Parti québécois.  

« Je sais que mes concitoyens ne souhaitent pas d'exceptions. En général, ils veulent qu'on règle [cet enjeu] une fois pour tout. On a sorti les religions de nos écoles il y a 50 ans, ils ne veulent pas que ça revienne », a-t-elle affirmé.  

À Québec, le député de Québec solidaire, Vincent Marissal, a dit mercredi qu'il n'était pas à l'aise avec l'idée qu'un Québécois ne puisse plus appliquer à certains postes advenant que Québec interdise le port de signes religieux pour certains fonctionnaires. Son parti prône toutefois toujours pour l'instant le « compromis Bouchard-Taylor » sur cette question.  

« Chaque fois qu'on fait une loi, il y a un rêve quelque part qui est brisé », a pour sa part dit la caquiste Claire Samson sur cette même question.  

La question divise également le Parti libéral, où l'enjeu de la laïcité provoque ces jours-ci des déchirements internes. Les députés du Parti québécois (PQ) militent pour leur part pour qu'une clause de droits acquis soit incluse au projet de loi de la CAQ.

-Avec la collaboration de Denis Lessard, La Presse