Bien que les élus de Québec solidaire se disent tous à l'aise de défendre la recommandation phare de la commission Bouchard-Taylor sur l'interdiction des signes religieux, le député Vincent Marissal a reconnu mercredi qu'il éprouve un malaise à ce que sa mise en oeuvre empêche un fonctionnaire d'occuper un emploi.

Mis à jour le 30 janv. 2019
MARTIN CROTEAU LA PRESSE

À son arrivée à une réunion du caucus solidaire, M. Marissal s'est dit favorable à une éventuelle interdiction des signes religieux aux fonctionnaires avec un pouvoir de coercition comme les juges, les procureurs de la couronne, les policiers et les gardiens de prison, tel que l'a recommandé la commission de consultation en 2008. Il s'agit d'une position de « compromis », à défaut d'une « solution idéale », a-t-il convenu.

Il n'a cependant pas caché son malaise devant les conséquences possibles d'une telle politique.

« On traversera le pont quand on sera à la rivière, a-t-il dit. Est-ce que je suis à l'aise avec le fait que quelqu'un ne puisse pas faire un job à cause de ça ? La réponse bien franche, c'est non, je ne suis pas à l'aise avec ça. »

Le gouvernement Legault présentera dans les prochaines semaines un projet de loi très attendu sur la laïcité. Il a déjà annoncé son intention de mettre en oeuvre les recommandations de Bouchard-Taylor. Il compte aussi élargir l'interdiction de porter des signes religieux aux enseignants, ce à quoi Québec solidaire (QS) s'oppose.

Or, QS se trouve dans une situation particulière : ses membres ont entrepris en décembre de réviser la position du parti sur la laïcité. Ils prendront une décision lors d'un conseil national en mars. On risque alors de se trouver en plein débat sur le projet de loi caquiste.

« Réfléchir, ce n'est pas malsain, a indiqué la co-porte-parole du parti, Manon Massé. Québec solidaire n'est pas désincarné de la société québécoise donc, on discute, on délibère, on débat et vous savez qu'on est en ce moment dans ce processus-là. »

« On n'est pas les seuls », a-t-elle ajouté en boutade, faisant valoir que le Parti libéral est actuellement tiraillé sur la laïcité.

En entrevue à La Presse, le leader parlementaire solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a assuré que le parti continuera d'ici là à défendre les recommandations de Bouchard-Taylor.

L'explosive question de la laïcité ne se trouve pas à l'ordre du jour de la réunion des députés solidaires, mercredi.

Les élus rencontrés à leur arrivée à l'Assemblée nationale ont convenu que l'enjeu n'est pas une préoccupation importante pour leurs commettants.

« J'aimerais bien parler d'autre chose », a reconnu la députée de Mercier, Ruba Ghazal.

À l'instar de ses collègues, elle s'est dite confortable de défendre le compromis Bouchard-Taylor d'ici à ce que les membres du parti prennent une décision finale.

Elle a aussi lancé la pierre au précédent gouvernement libéral, qui a repoussé un rapprochement avec les partis de l'opposition dans les jours qui ont suivi la tuerie au Centre culturel islamique de Québec.

« Les libéraux ont tellement laissé traîner le dossier qu'on a maintenant des positions extrémistes d'un côté ou de l'autre, a déploré Mme Ghazal. Il y avait un beau compromis, là, dans la société, il y avait même une main tendue après le 29 janvier 2017. »

Son collègue Sol Zanetti a abondé dans le même sens.

« Je veux que ce sujet-là, on puisse le mettre derrière nous et qu'on arrête d'avoir toujours cette discussion qui ramène d'une façon indirecte la stigmatisation des musulmans au Québec, a affirmé M. Zanetti. Il faut qu'on la règle. »