À l'aube d'une session parlementaire où la laïcité risque d'entraîner des débats explosifs, les députés de Québec solidaire (QS) continueront de défendre le compromis Bouchard-Taylor, a indiqué son leader parlementaire, Gabriel Nadeau-Dubois. Et ce, même si cette position est remise en cause à l'intérieur du parti.

Mis à jour le 30 janv. 2019
MARTIN CROTEAU LA PRESSE

Les 10 élus solidaires restent « à l'aise » de défendre l'interdiction du port des signes religieux chez les juges, les policiers, les procureurs de la Couronne et les gardiens de prison, a assuré M. Nadeau-Dubois en entrevue.

Le sujet ne figure d'ailleurs pas à l'ordre du jour de la réunion du caucus solidaire à Québec, aujourd'hui, pour préparer la session. « On est capables de marcher et mâcher de la gomme en même temps, a résumé M. Nadeau-Dubois en entrevue. On est capables de défendre cette position pendant qu'à l'intérieur de nos instances se fait une réflexion sur la pertinence - ou non - de réviser cette position. »

« Ce qui me rendrait inconfortable, c'est que Québec solidaire n'ait pas de débats internes, soit un bloc monolithique, et qu'on n'ait aucune évolution à l'intérieur de nos positions », a-t-il poursuivi.

« Je vous ferai remarquer que tous les partis politiques à l'Assemblée nationale ont changé de position, historiquement, sur cette question. »

- Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire de Québec solidaire

Lignes de fracture

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec présentera dans les prochaines semaines un projet de loi sur la laïcité de l'État. En campagne électorale, François Legault a promis d'adopter la recommandation de Bouchard-Taylor d'interdire les signes religieux aux fonctionnaires en position d'autorité. Il projette aussi d'élargir cette interdiction aux enseignants.

Cette pièce législative placera Québec solidaire dans une position singulière : depuis plusieurs années, le parti adhère à la recommandation phare de la commission Bouchard-Taylor au sujet des fonctionnaires avec un pouvoir de coercition. Or, le parti est en réflexion et pourrait bientôt redéfinir sa position sur la laïcité.

En décembre, des lignes de fracture sont apparues au grand jour au sein de la formation politique. Certains militent pour une interdiction complète des signes religieux dans l'ensemble de la fonction publique, alors que d'autres souhaitent exactement le contraire.

Le parti sera fixé au terme d'un conseil national qui se tiendra en mars.

Cette incertitude n'affectera pas QS outre mesure, croit Gabriel Nadeau-Dubois.

« Ça ne m'inquiète pas beaucoup dans la mesure où le débat, à Québec solidaire, il se fait sereinement et sur une base d'unité assez forte, a résumé M. Nadeau-Dubois. Quoi qu'il arrive dans le débat interne, Québec solidaire n'acceptera jamais que des profs se fassent renvoyer parce qu'ils portent un signe religieux. »

Québec solidaire a fait campagne en promettant de s'attaquer à la crise climatique. Cet enjeu restera au coeur des priorités du parti lors de la session parlementaire. Mais le parti compte également questionner le gouvernement Legault sur ses choix en éducation.