La Coalition avenir Québec (CAQ) a retiré hier un sondage partisan de son site internet où elle invitait les citoyens à « participer aux consultations prébudgétaires » en donnant au parti leurs nom, courriel, code postal et numéro de cellulaire.

Mis à jour le 16 janv. 2019
HUGO PILON-LAROSE LA PRESSE

La page web, coiffée du titre « La CAQ veut vous entendre ! Participez aux consultations prébudgétaires 2019-2020 », a été partagée sur la page Facebook du parti alors même que le ministre des Finances, Éric Girard, lançait une initiative similaire sur le site de son ministère.

La CAQ posait trois questions aux répondants : de quelles façons le gouvernement devrait-il disposer de son premier budget ? ; dans le but d'améliorer le réseau de la santé, quelles actions sont les plus importantes ? ; parmi ces projets, lesquels vous semblent les plus importants ? Les choix de réponses reprenaient ensuite les promesses électorales du parti.

« Il y a une consultation du ministère des Finances, mais il y a aussi désormais une consultation du côté de la CAQ. Quelles réponses le ministre des Finances priorisera ? Ce que les militants de la CAQ vont répondre, ou l'ensemble de la population du Québec ? », réagissait déjà en mi-journée hier le porte-parole en matière de Finances du Parti québécois (PQ), Martin Ouellet.

« Nous n'aurions pas dû mettre en ligne ce questionnaire. Rapidement, nous l'avons retiré de notre site internet et de notre page Facebook. Il s'agissait d'une erreur et nous avons agi pour éviter toute confusion auprès des citoyens. D'ailleurs, nous n'utiliserons pas les informations collectées », a finalement écrit la direction des communications de la CAQ dans un courriel envoyé à La Presse, hier.

Un enjeu de transparence

Les partis politiques et les gouvernements sondent régulièrement la population afin de cibler leurs priorités. En amont du budget, le ministre des Finances - peu importe le parti au pouvoir - effectue également chaque année des consultations auprès de différents acteurs de la société.

Or, les avancées technologiques et de nouveaux outils permettent depuis quelques années de collecter des données en ligne et d'également mieux cibler l'électorat. Sur le site du Ministère, les citoyens peuvent par exemple cette année participer à nouveau à un sondage où ils classent par ordre d'importance des énoncés regroupés par thèmes (santé, éducation, etc.). Le sondage prend fin après des questions démographiques, où les participants indiquent leur niveau de scolarité, leur groupe d'âge, leur sexe et les trois premiers caractères de leur code postal.

« Le problème, c'est qu'on ne dit pas aux citoyens à quoi ces informations vont servir », déplore Thierry Giasson, politologue à l'Université Laval et spécialiste du marketing politique.

Selon l'expert, « ces informations pourraient être utilisées pour faire du ciblage : identifier les priorités des citoyens en fonction d'où ils habitent et de ce qu'ils trouvent prioritaire ».

« Ce sont finalement des données électorales [qui alimentent] un exercice de campagne permanente où le gouvernement collige ces informations dans l'optique d'une éventuelle réélection », affirme le chercheur, qui souhaiterait davantage de transparence dans la collecte de ce type d'information.