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Élections 2018: record de partis politiques autorisés en 45 ans

Jamais, dans l'histoire récente du Québec, a-t-on atteint... (Photo archives La Presse)

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Jamais, dans l'histoire récente du Québec, a-t-on atteint la vingtaine de partis.

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Ugo Giguère
La Presse Canadienne

À deux mois de l'élection provinciale 2018 au Québec, les aspirants députés se bousculent pour faire campagne. Pas moins de 20 partis autorisés ont été enregistrés par le Directeur général des élections du Québec (DGEQ), un nouveau record.

En date de ce lundi, le portail du DGEQ comptait en effet 20 partis politiques enregistrés en vue de l'élection d'octobre. Une 21e formation politique pourrait obtenir son accréditation au cours des prochaines semaines, alors que le Parti des sans droits se trouve en attente d'autorisation.

Jamais, dans l'histoire récente du Québec, a-t-on atteint la vingtaine de partis. Lors des élections générales de 2012 et de 2014, le total de 18 partis inscrits constituait déjà un record depuis 1973, année à laquelle remontent les données disponibles du DGEQ. Cela exclut toutefois les partis enregistrés qui n'auraient présenté aucun candidat lors du scrutin.

D'ici la fin de la période de mises en candidature, le nombre de partis inscrits pourrait encore augmenter puisque pas moins de 17 noms ont été réservés auprès du DGEQ.

Chez le DGEQ, on confirme qu'il n'y a pas de date limite pour déposer une demande d'autorisation pour un parti politique, mais le processus de vérification nécessite tout de même un certain temps.

Parmi les documents à fournir pour créer un parti, il faut recueillir une liste de 100 membres qui appuient son autorisation. «Nous, on doit faire des vérifications pour s'assurer qu'il y a effectivement 100 personnes. On fait des téléphones, ça peut aller rapidement ou moins rapidement. Si on a du mal, on peut demander de fournir d'autres noms», explique la porte-parole du DGEQ, Julie St-Arnaud Drolet.

Comme la loi électorale prévoit que la période de mise en candidature dure deux semaines, celle-ci se terminera le 15 septembre prochain. «Donc, en soi, cela devient un échéancier», souligne Mme St-Arnaud Drolet.

Cette tendance à la hausse du nombre de partis entraîne une légère hausse de la charge de travail du côté du DGEQ, mais rien qui ne puisse nuire au processus électoral.

«L'autorisation des partis, ça mobilise nos équipes. Lorsque l'élection est lancée, la création des bulletins peut prendre plus de temps. Après l'élection, plus il y a de partis, plus il y a de rapports à vérifier. On offre aussi du soutien aux représentants officiels et aux agents officiels des partis pour s'assurer que la loi est connue, comprise et appliquée», décrit la porte-parole.

Parmi les partis enregistrés, on compte évidemment la Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec, le Parti québécois et Québec solidaire qui sont les plus connus. On peut aussi ajouter des noms familiers comme le Parti vert du Québec, le Bloc pot, le Parti conservateur du Québec ou encore le Nouveau Parti démocratique du Québec.

Les autres partis officiellement inscrits sont Alliance provinciale du Québec, Changement intégrité pour notre Québec, Citoyens au pouvoir du Québec, Équipe autonomiste, Parti culinaire du Québec, Parti équitable, Parti libre, Parti marxiste-léniniste du Québec, Parti nul, Parti 51, Québec cosmopolitain et Québec en marche.

Une tendance occidentale

D'après le professeur Louis Massicotte du département de science politique de l'Université Laval, le phénomène de multiplication des partis s'observe dans beaucoup de pays occidentaux. «On observe que le vote est plus fragmenté qu'avant. Il y a plus de partis politiques et c'est beaucoup plus difficile d'obtenir 50 pour cent du vote», souligne-t-il.

Au Québec, c'est la disparition graduelle de la question indépendantiste qui favorise l'émergence de nouveaux partis à l'Assemblée nationale et dans les campagnes électorales.

Louis Massicotte estime que la Loi sur la clarté référendaire a «calmé le jeu» et que «le peu de réactions qu'elle a suscitées a confirmé que les Québécois étaient plus fédéralistes qu'on pensait».

«Il y a pas mal de gens dans la coalition indépendantiste qui ont retiré leurs billes. Ceux qui étaient plus conservateurs sont allés du côté de l'ADQ ou de la CAQ et ceux qui étaient plus socialistes sont allés du côté de Québec solidaire», analyse le politologue.

L'émergence de nouveaux enjeux et la complexité de la société actuelle favoriseraient aussi la création de partis qui visent des microclientèles un peu partout en occident.

«On voit des partis de retraités dans les Pays-Bas, des partis régionalistes dans certains pays, je pense qu'il y a de plus en plus de microclientèles, mais notre système électoral ne favorise pas beaucoup cette multiplication-là», explique-t-il.

Cette multiplication des formations politiques ne semble cependant pas soulever l'enthousiasme des électeurs, alors que les Québécois boudent les urnes.

«Plus il y a de partis, moins les gens votent. Si vous regardez les tendances, il y a de moins en moins de gens qui votent et il y a de plus en plus de partis au parlement, résume le professeur Massicotte. Ça prouve simplement que la société est devenue beaucoup plus complexe et que le combat politique ne peut pas se réduire à quelque chose de binaire.»

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Quelques partis politiques originaux

Parti culinaire du Québec

Chef en cuisine comme en politique, Jean-Louis Thémistocle dirige officiellement ce parti dont la page Facebook rassemble 235 adeptes. La formation se dit en faveur de la «gastronocratie», «où la gastronomie dicte les choix de l'État».

Parti 51

Un avocat de la Beauce, Hans Mercier, ressuscite ce parti qui a connu une existence éphémère à la fin des années 1980. L'objectif de cette formation politique est de faire du Québec le 51e État des États-Unis. Selon le site web officiel du parti, M. Mercier souhaite être candidat dans la circonscription de Beauce-Sud.

Parti-Libre

À l'origine, il s'agit d'une formation politique municipale de Saint-Sauveur. Le parti dirigé par Michel Leclerc, alias Capitaine Chiron, saute maintenant dans l'arène provinciale. Le chef souhaite «libérer les consciences», selon ce qu'on peut lire dans les diverses publications en ligne du parti.

Citoyens au pouvoir du Québec

Après avoir brigué les suffrages sous le nom de Coalition pour la constituante, la formation a pris le nom de Parti des sans partis, puis de Sans parti - Citoyens constituants. Finalement c'est sous l'appellation Citoyens au pouvoir du Québec qu'on la retrouve en 2018.

Peu importe le nom, l'objectif demeure de doter le Québec de sa propre constitution rédigée par les citoyens.

Le Bloc pot profite d'un nouvel engouement 

Peu importe si Ottawa se prépare à légaliser la consommation du cannabis en octobre, le Bloc pot sera bien présent aux élections provinciales et possiblement avec la plus forte délégation de candidats de son histoire.

D'après le porte-parole du parti, Hugo St-Onge, déjà une soixantaine de candidats potentiels se sont manifestés et on s'attend à en accueillir plusieurs autres au moment du déclenchement de la période de mise en candidature.

D'après les données disponibles sur le portail du Directeur général des élections du Québec, c'est en 2003 que le Bloc pot a présenté sa plus grande équipe avec 56 candidats. Lors de l'élection de 2014, ils étaient seulement 14 braves à défendre les vertus de la marijuana.

D'après M. St-Onge, qui sera candidat dans la circonscription de Laurier-Dorion à Montréal, les revendications historiques du Bloc pot n'ont toujours pas été entendues. Il considère donc la présence du parti plus pertinente que jamais.

«La principale revendication est de retirer le cannabis du Code criminel. Avec la légalisation, le cannabis est maintenu dans le Code criminel. Pire, de nouvelles infractions ont été ajoutées et certaines peines d'emprisonnement ont été augmentées», dénonce celui qui admet tout de même qu'Ottawa a fait un pas dans la bonne direction.

Hugo St-Onge dit souhaiter un marché «inclusif, équitable et cohérent», alors qu'il qualifie le nouveau marché créé par le fédéral d'«oligopole qui ressemble à celui du tabac». L'encadrement sévère pour obtenir un permis de production de marijuana serait trop restrictif pour que les amateurs de cannabis puissent y avoir accès.

«La légalisation rend un certain cannabis légal, mais maintient la grande majorité du cannabis existant dans l'illégalité», estime-t-il.

L'aspirant député soutient que le statut des amateurs de cannabis est passé «de déviants pénalisés à toxicomanes à soigner» pour les autorités. «On l'oublie, mais le cannabis sera largement criminalisé sauf celui produit par l'oligopole», déplore M. St-Onge.

Celui-ci compare le combat des consommateurs de marijuana à celui de la communauté LGBTQ et des femmes. «Les homosexuels ont obtenu le droit de se marier il y quelques années. Ont-ils arrêté de militer? Les femmes, lorsqu'elles ont obtenu le droit de vote, ont-elles arrêté de militer pour obtenir plus d'égalité et de liberté? Non.»

Comme les membres du Bloc pot n'ont toujours pas atteint leurs objectifs, ils entendent poursuivre leur combat et la visibilité de leur cause semble être profitable.

«Les amateurs conscients se rendent compte qu'ils sont en train de perdre au change. Donc, on a une augmentation du membership et on va avoir encore plus de candidatures», annonce le porte-parole.

Hugo St-Onge se réjouit d'ailleurs d'entendre parler du cannabis dans le débat social, car le sujet de l'heure facilite la tâche du parti «à faire sortir les gens de leur salon».

«En 2003, c'était tout un exploit de présenter 56 personnes dans une logique répressive. En 2018, la logique est encore répressive et les gens le savent. C'est pour ça qu'il y a une recrudescence dans la mobilisation», assure-t-il.




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