Critiqué par des leaders autochtones, le ministre de la Santé Gaétan Barrette s'est excusé jeudi d'avoir tenu des propos jugés racistes et discriminatoires au sujet de l'évacuation d'enfants du nord du Québec par avion-ambulance. «Je ne suis pas raciste», a-t-il insisté. Rappel des événements.

Suzanne Colpron LA PRESSE

«ÇA ARRIVE TOUT LE TEMPS»

Il y a deux semaines, lors d'un bain de foule à Brossard, le ministre Barrette a dit en anglais : «Je peux vous garantir qu'il y aura au moins un cas dans les six prochains mois où quelqu'un ne sera pas admis dans l'avion. Pourquoi ? Parce que quiconque est agité, drogué ou sous l'influence de quoi que ce soit ne sera pas autorisé à monter à bord, sous aucun prétexte, ça n'arrivera pas. Et ça arrive tout le temps.» L'enregistrement audio de ses propos a été obtenu par Le Devoir et CBC.

DES PROPOS INACCEPTABLES

Des leaders autochtones ont aussitôt exigé sa démission. «Les propos totalement inacceptables du ministre nous indiquent clairement que ces racines sont très présentes au coeur même du gouvernement de Philippe Couillard, qui devrait exiger immédiatement la démission du ministre Barrette, ou le démettre de ses fonctions», a déclaré le chef de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, par communiqué. Le maire de Kuujjuaq au Nunavik, Tunu Napartuk, a ajouté que de tels propos entretiennent des préjugés au sujet d'un groupe de personnes.

DES EXCUSES «FORMELLES»

Le ministre de la Santé s'est défendu jeudi d'avoir visé les communautés autochtones. «J'ai parlé au maire de Kuujjuaq ce matin et je lui ai présenté mes excuses les plus formelles et les plus sincères. Je suis très malheureux que mes propos aient été interprétés avec cette portée-là, mais ce n'était pas l'exercice visé», a-t-il affirmé, lors d'un point de presse, en compagnie du premier ministre Philippe Couillard. Questionné au sujet de M. Picard, M. Barrette a admis ne pas lui avoir parlé, mais assuré que ça allait lui «faire plaisir de l'appeler».

RÈGLES DE SÉCURITÉ

«J'ai dit que, régulièrement, on voyait dans les médias, non pas chez certaines populations, dont les Premières Nations, ce genre de situations là, et ce sont des règles de sécurité qui s'appliquent», a-t-il expliqué. Le premier ministre Couillard a fait savoir que M. Barrette avait «sa confiance», et qu'il avait «accompli des choses très importantes pour le système de santé, et pour les Autochtones dans le cadre de ce système de santé». « En cette journée pour les peuples autochtones, je veux réaffirmer mon amitié, notre amitié envers les Premières Nations et les Inuits », a-t-il déclaré.

COMMUNAUTÉS ÉLOIGNÉES

Pendant des années, les enfants du nord du Québec ont dû prendre les avions-ambulances sans être accompagnés par leurs parents. Ces derniers n'avaient pas le droit de monter à bord des vols médicaux en vertu d'une politique provinciale, qui touchait de manière disproportionnée les familles des communautés autochtones. La nouvelle politique, qui va permettre aux parents d'accompagner leurs enfants, entrera en vigueur à la fin du mois.