La plus mauvaise nouvelle pour Jean-François Lisée est carrément passée sous le radar. Il y a quelques jours, Jean-François Gibeault, conseiller perpétuel du Parti québécois (PQ) en matière économique, a annoncé son départ pour le secteur privé. Il ne sera pas là pour la campagne électorale.

Denis Lessard LA PRESSE

On mesure souvent mal l'importance des « frotteurs » - l'étiquette, une expression consacrée sur la colline Parlementaire, fait référence aux soigneurs d'un boxeur qui massent leur poulain entre deux rounds.

M. Gibeault, qui était là depuis 17 ans, a été mêlé à toutes les positions du PQ sur les questions économiques - de l'abolition de la taxe santé en 2012, jusqu'à l'abandon du REM en 2018. Moment rarissime, les délégués péquistes en conseil national avaient rendu hommage à cet employé politique qui avait débusqué une erreur dans les comptes publics fédéraux. De surcroît, il était l'un des rares chez les péquistes à bien connaître François Legault, une science utile quand on prépare des débats. Au seuil de la campagne électorale, avec un Jean-François Lisée qui n'a aucune prédisposition pour les chiffres, ce départ, c'est comme entrer dans la forêt sans boussole. Heureusement pour lui, il aura toujours sous la main Nicolas Marceau, l'ex-ministre des Finances, qui faisait la paire avec le conseiller économique.

Et M. Gibeault n'est pas seul : Florence Plourde, responsable des médias sociaux depuis Pierre Karl Péladeau, abandonne aussi son poste, suivant la voie tracée il y a un moment par Simon Therrien-Denis, qui a quitté le bureau du leader parlementaire Pascal Bérubé. Les députés péquistes se réunissent aujourd'hui à Wendake, la réserve autochtone près de Québec. Mais aucune solution miracle ne laisse présager une pluie de votes.

Bien difficile d'être conseiller politique quand, jour après jour, votre patron fait à sa tête.

Cette semaine, on annonçait le retour de Daniel Breton, l'ancien ministre de l'Environnement qui avait dû démissionner sous Pauline Marois. L'époque où il quittait son appartement sans payer en n'y laissant que des bouteilles de vin vides est loin derrière lui. Auteur spécialisé dans les autos électriques, il travaille depuis des mois son atterrissage dans la circonscription de Saint-Hyacinthe, qui reste une cible bien difficile pour le PQ. Il avait sauvé la mise à Pauline Marois en 2011, en annonçant qu'il serait candidat péquiste au moment où son leadership était en déroute. Hier, on annonçait la candidature dans Taschereau de Diane Lavallée, candidate péquiste défaite dans Jean-Talon, il y a 25 ans. Jean-Martin Aussant est revenu au bercail après avoir été repoussé par Québec solidaire (QS) - Amir Khadir a dit publiquement que M. Aussant avait « demandé » la candidature de QS dans Mercier, qui lui a été refusée. Parmi les autres renforts se trouvent Lisette Lapointe, qui a repris sa carte de membre, et Camil Bouchard, revenu comme conseiller bénévole. Autant de bruit qui masque le silence du côté des nouveaux candidats connus.

Avec seulement 10 % des électeurs qui, selon les sondages, le voient dans le siège du premier ministre, Jean-François Lisée est en eaux troubles. 

Des députés comme Pascal Bérubé ou Harold Lebel ne mentionnent guère le PQ dans leurs communications sur les réseaux sociaux. Sur leurs photos d'investiture, on ne mentionne pas davantage le tandem Lisée-Hivon.

À l'époque où le Parti libéral du Québec (PLQ) était en santé, jamais une candidate comme Marwah Rizqy n'aurait eu une circonscription comme Saint-Laurent. Aux belles heures du PQ, jamais la candidature de Muguette Paillé n'aurait été envisagée dans Maskinongé - elle a dû se retirer pour des sympathies anti-islam. Michelle Blanc n'aurait pas été candidate dans Mercier, circonscription que se sont déjà âprement disputée les aspirants candidats péquistes Robert Perreault et Giuseppe Sciortino. À l'époque, ces candidatures compliquées étaient le propre de l'Ouest-de-l'Île.

Avec 49 candidats choisis, le PQ n'est pas très loin derrière les autres - la Coalition avenir Québec (CAQ) a arrêté son choix dans 51 circonscriptions et le PLQ, dans 66. Ses 19 candidates représentent 39 % des aspirants députés jusqu'ici - tout près de la « zone de parité », 40 %, que se sont engagés à respecter tous les partis. La CAQ atteint actuellement 53 % de candidates. Au Parti libéral, on est à 44 % de femmes. Adjointe de Martine Ouellet, Nathaly Dufour visait la candidature péquiste dans Taschereau. Elle s'est retirée de la course.

Les candidatures péquistes illustrent un autre déficit. Jean-François Lisée se targuait d'obtenir 16 % de candidatures chez les Québécois de la « diversité ». Il en fallait une vingtaine, qui ne seraient pas cantonnées à des circonscriptions imprenables, promettait-il, il y a un an.

Pour l'heure, ils sont cinq, en tenant compte du député de Bourget, Maka Kotto, investi candidat à la mi-mars. Ironiquement, la responsable de l'ouverture aux minorités au cabinet de Jean-François Lisée, Évelyne Abitbol, de confession juive, avait annoncé sa candidature dans Mercier. La direction du parti lui a préféré Michelle Blanc, transexuelle et militante LGBT.