Philippe Couillard affirme que son cabinet et lui-même n'ont pas été impliqués dans la vente de RONA à des intérêts américains, et ce, même si l'ancien ministre de l'Économie Jacques Daoust, décédé en août dernier, aurait écrit qu'on lui a demandé de dire qu'il était d'accord avec cette transaction, alors qu'il ne l'était pas.

Mis à jour le 11 avr. 2018
Hugo Pilon-Larose LA PRESSE

Selon un document que M. Daoust aurait rédigé avant sa mort, obtenu par les médias de Québecor, ce dernier aurait écrit qu'il était furieux qu'on lui demande de dire publiquement qu'il était d'accord avec la vente des actions de RONA à des intérêts américains par Investissement Québec, alors qu'il ne l'était pas. 


M. Daoust aurait écrit qu'il s'est senti sous forte pression pour qu'il assume cette décision qui, selon ses dires, aurait été prise dans son dos. Dans ce document, il affirmerait également s'être fait piéger par un jeu de coulisses entre son directeur de cabinet, Pierre Ouellet, et une personne ayant plus d'autorité qu'un ministre comme lui. Le texte pointe à ce moment en direction de l'ancien chef de cabinet du premier ministre Philippe Couillard.

« C'est clairement établi, tout ça a été vérifié, que personne à mon cabinet, ni bien sûr moi, n'étions au courant de cette transaction. On en a parlé déjà, on a tout fait ces débats-là, il y a eu une commission parlementaire, il y a eu le rapport de la vérificatrice générale », a affirmé Philippe Couillard lors de la période des questions.

Les partis d'opposition jugent de leur côté que le premier ministre Philippe Couillard a fait preuve de « lâcheté » en inventant un « millefeuille de mensonges » pour que le défunt ministre de l'Économie Jacques Daoust dise qu'il était favorable à la vente des actions de RONA alors qu'il ne l'était pas.

« C'est comme ça que ça fonctionne, un gouvernement libéral. [On] essaie d'imposer des décisions à un ministre [en passant] par son chef de cabinet pour dire à Investissement Québec ce que le ministre ne voulait pas dire », a affirmé mercredi le chef du Parti québécois (PQ), Jean-François Lisée.

« On avait un ministre de l'Économie très imparfait, (...), mais ce qu'on apprend dans son testament politique, c'est qu'il [était opposé] à la vente d'un siège social aussi important que RONA », a-t-il poursuivi.

« C'est un manque de courage de la part du premier ministre et de son cabinet. Je dirais même de la lâcheté ! On a [demandé à un ministre] de mentir pour essayer de vendre leur décision de vendre les actions d'Investissement Québec [dans RONA]. C'est odieux », a pour sa part commenté le leader parlementaire de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Bonnardel.

« Je me demande combien d'autres mensonges le bureau du premier ministre a fait avaler à d'autres ministres. C'est un terrible désaveu et ça montre tous les problèmes d'un gouvernement où les décisions sont concentrées dans le bureau de Philippe Couillard », s'est questionné à son tour Amir Khadir de Québec solidaire (QS). 

L'actuelle ministre de l'Économie, Dominique Anglade, a pour sa part rappelé que la transaction entre RONA et l'acheteur américain était « consensuelle ».

« C'est vraiment difficile pour moi de répondre. M. Daoust est décédé aujourd'hui. Je ne peux pas lui parler et lui poser des questions », a-t-elle affirmé. 

« Ça fait deux ans et demi que je suis en politique et, jamais, jamais, quelqu'un n'est venu me dire - ni le chef de cabinet, ni le premier ministre, ni mon équipe - dire que peut-être qu'on devrait dire ça si ce n'est pas la vérité. Jamais, ça ne m'est jamais arrivé », a-t-elle ajouté. 

Sébastien Daoust, l'un des fils de l'ancien ministre, a confirmé mercredi à la station radiophonique 98,5 FM que certains des passages du document publié par Québecor allaient bel et bien dans le sens de ce que son père lui avait communiqué. Il a ajouté qu'il parlait de politique chaque jour avec son père, mais que l'ex-ministre n'aimait pas revenir sur le dossier de la vente de RONA.

Dans les corridors de l'Assemblée nationale, mercredi, le ministre Robert Poëti a fustigé les journalistes qui ont insisté pour obtenir sa réaction sur cet enjeu. Il a dit qu'il ne commenterait pas les propos d'une personne décédée qui a connu des difficultés à la fin de sa carrière politique.

En mars 2016, les actionnaires de RONA ont approuvé, dans une large majorité, la vente du quincaillier à la chaîne américaine de rénovation Lowe's, dans le cadre d'une transaction amicale de 3,2 milliards $ annoncée deux mois plus tôt.

Jacques Daoust a été élu député de Verdun aux élections d'avril 2014. Le banquier de carrière avait précédemment été président et chef de la direction d'Investissement Québec de 2006 à 2013.

Il est mort en août dernier à l'âge de 69 ans.



- Avec La Presse canadienne et Martin Croteau, La Presse