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Centre de services partagés du Québec: le PDG suspendu ne réintégrera pas ses fonctions

Suspendu en juin de son poste de président-directeur... (Photo Patrice Laroche, Archives Le Soleil)

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Suspendu en juin de son poste de président-directeur général du Centre de services partagés, Christian Goulet ne réintégrera pas ses fonctions.

Photo Patrice Laroche, Archives Le Soleil

(Québec) Suspendu en juin de son poste de président-directeur général du Centre de services partagés, Christian Goulet ne réintégrera pas ses fonctions ; le gouvernement Couillard va prochainement mettre fin à son contrat.

Selon les informations obtenues par La Presse, M. Goulet va se voir signifier prochainement par les Emplois supérieurs la décision du gouvernement de tirer un trait sur son lien d'emploi. Au terme d'une enquête réalisée par des juricomptables externes, il est apparu que M. Goulet possédait des actions de Bell Canada, son ancien employeur, et de CGI - deux firmes susceptibles d'obtenir des contrats du Centre de services partagés du Québec (CSPQ), qu'il dirigeait depuis trois mois. Or, en dépit des occasions qu'on lui avait données pour le faire, jamais M. Goulet n'aurait révélé cette situation à son employeur.

Cette situation comportait « un risque que des conflits d'intérêts apparents ou potentiels soient soulevés ». Le fait que M. Goulet possédait des actions de ces deux fournisseurs importants « n'était pas connu au sein du CSPQ ni documenté dans son dossier aux Emplois supérieurs », affirme le rapport.

Toutefois, M. Goulet se défend bien d'avoir caché sa situation.

« J'ai eu trois contrats avec le gouvernement et à chaque occasion, je leur ai signifié, verbalement, que je possédais des actions de ces deux firmes. »

Avant d'être nommé au CSPQ, M. Goulet avait été recruté sous Pauline Marois pour diriger la Commission administrative des régimes de retraite et d'assurances (CARRA), puis s'était retrouvé à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail quand cette nouvelle société avait avalé la Commission administrative des régimes de retraite.

Après 25 ans chez Bell Canada comme vice-président, il était prévisible qu'il ait des actions de l'entreprise. Il avait aussi des parts de CGI, mais dans les deux cas, il s'agissait d'investissements bien modestes, assure-t-il.

L'enquête commandée du Conseil du trésor s'est terminée le 26 septembre par la remise d'un rapport d'une trentaine de pages au cabinet de Pierre Moreau, qui s'occupait de ce ministère jusqu'à la semaine dernière. Il y a deux semaines, le ministre Moreau aurait transmis une lettre au conseil exécutif estimant que les faits rapportés disqualifient M. Goulet pour réintégrer son poste au CSPQ. Le gouvernement doit rendre public le rapport de la firme externe dans les prochains jours.

Aucune illégalité

Il faut souligner qu'aucun geste illégal n'a été constaté, et aucune décision n'a plongé M. Goulet dans une situation de conflit d'intérêts.

Le recrutement de mandarins de ce niveau suppose que ceux-ci fassent connaître tous leurs intérêts susceptibles de porter ombrage à leur mandat.

Le Centre de services partagés est la plaque tournante des contrats en informatique du gouvernement ; l'organisme accorde des contrats d'une valeur de 500 millions chaque année, dont une partie importante dans les technologies de l'information.

Le patron du CSPQ est, dans les faits, le principal conseiller du gouvernement pour les contrats informatiques. Bell et CGI ont, de tout temps, obtenu d'importants mandats du CSPQ - plus de 70 millions pour ces deux firmes entre le 1er janvier 2014 et le 30 septembre 2017 -, bien avant l'arrivée de M. Goulet en poste, donc, selon une compilation des données du Système électronique d'appel d'offres du gouvernement du Québec faite par les spécialistes de La Presse. Depuis 2009, ces deux firmes ont obtenu plus de 400 millions en contrats du CSPQ.

Lors de sa prochaine réunion, demain, le Conseil des ministres aura des gestes à faire dans ce dossier : tirer un trait officiel sur le mandat de M. Goulet et, peut-être, donner le feu vert pour qu'un mandat soit confié à un chasseur de têtes afin de dénicher un successeur. Depuis juin, le CSPQ est dirigé de façon intérimaire par Roger Paquet, ex-mandarin à la retraite. M. Paquet était à la Santé à l'époque où Roberto Iglesias, le premier fonctionnaire, y était sous-ministre.

En juin, M. Goulet avait lui-même demandé d'être relevé temporairement de ses fonctions. Il avait conservé son salaire. M. Goulet est une personnalité bien connue dans la région de Québec ; au cours des dix dernières années, il a présidé les conseils d'administration de la Chambre de commerce, du Musée de la civilisation et du Théâtre du Trident.

Le jour de la marmotte

Au printemps dernier, le gouvernement Couillard l'avait nommé à la tête du CSPQ, un ministère souvent controversé, responsable des achats groupés du gouvernement. Dès le premier jour, en avril dernier, la nomination de M. Goulet avait été critiquée par l'opposition, qui relevait le risque de conflit d'intérêts pour cet ancien vice-président de Bell Canada à Québec. Le CSPQ avait par exemple à négocier un gigantesque contrat de 923 millions pour le Réseau intégré de communications multimédias. Le ministre Moreau avait souligné en Chambre, en réponse au caquiste Éric Caire, que cette nomination avait été effectuée « selon les procédures habituelles » et avec « la garantie que les habilitations sécuritaires appropriées avaient été obtenues ». Mais à l'interne, on indique que dès le début, les relations entre MM. Moreau et Goulet avaient été difficiles.

La situation a des airs de déjà-vu au CSPQ. En 2014, Jean-Guy Lemieux, un précédent patron du CSPQ, n'avait été en poste que quelques semaines avant de partir, encore là en raison d'apparences de conflits d'intérêts - son frère Claude était vice-président chez CGI et il n'en avait pas informé le gouvernement. De plus, le gouvernement avait constaté que CGI avait reçu 17 millions en contrats de la Régie de l'assurance maladie, à l'époque où Jean-Guy Lemieux y agissait comme vice-président, responsable de l'informatique. Comme dans le dossier de M. Goulet, aucune malversation n'avait été constatée, mais ces relations auraient dû être divulguées à son employeur par M. Lemieux.




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