« Le Parti libéral ne nous a jamais aidés à avoir des contrats. Tout ce qu'il voulait, c'est que l'on achète ses billets pour son stupide financement. Et nous sommes devenus coupables par association », affirme Luigi Coretti.

Mis à jour le 25 nov. 2016
Daniel Renaud LA PRESSE

Quelques heures après avoir été libéré des accusations de fraude portées contre lui, l'ancien président de BCIA a accordé une entrevue exclusive à La Presse dans laquelle il a nié tout lien entre sa défunte firme de sécurité et le Parti libéral.

« Je n'ai pas de lien avec le Parti libéral. J'avais des liens avec des gens qui m'ont demandé de les encourager durant leur campagne de financement. À un moment donné, nous avons été pris dans un cercle et on a dit : c'est assez. C'est à ce moment que les problèmes ont commencé », dit M. Coretti, selon qui des employés de sa firme auraient acheté des tables lors d'activités de financement du PLQ « trois ou quatre fois par année, à partir de 2005-2006 », vraisemblablement jusqu'à la fermeture de l'entreprise.

Hier, à l'Assemblée nationale, l'opposition a tiré à boulets rouges sur la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, et demandé si d'autres « amis des libéraux » allaient bénéficier d'arrêts de procédures en raison des délais déraisonnables. Mme Vallée a déclaré qu'il fallait mettre fin à ces libérations pour cause de délais déraisonnables et a rejeté le blâme sur le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard qui avait pris des décisions menant à une réduction du nombre de juges, selon elle.

L'ancien patron de BCIA a expliqué durant l'entrevue sa relation avec l'ancien ministre de la Famille, Tony Tomassi. Ce dernier, rappelons-le, a été accusé de fraude envers le gouvernement et condamné à des travaux communautaires.

UN COMPLOT ?

M. Coretti dit avoir demandé une seule fois une faveur à Tony Tomassi, dans le but d'avoir accès à un ministre du gouvernement Charest car BCIA éprouvait des « problèmes » avec un comité paritaire qui regroupe des firmes de sécurité.

L'ancien homme d'affaires dit qu'il a commencé à « déranger » l'industrie lorsque BCIA a obtenu le contrat de surveillance d'une université en 2007 et qu'elle s'est mise à faire du transport de valeurs à bord de véhicules blindés un an plus tard.

Il accuse en particulier la firme Garda, son principal concurrent, et le Mouvement Desjardins, qui avait porté plainte contre BCIA à la Sûreté du Québec en 2008, d'être responsables de ses déboires et annonce son intention de les poursuivre, ainsi qu'au moins un ancien ministre, pour quelques millions de dollars, ce qui représente au moins l'équivalent des pertes de son entreprise durant ses dernières années d'activité.

« Nous rejetons ses allégations. S'il veut nous poursuivre, nous allons nous défendre vigoureusement », annonce déjà André Chapleau, porte-parole de Desjardins.

Au moment d'écrire ces lignes, une porte-parole de Garda a dit à La Presse ne pas être « en mesure de réagir à ce moment-ci ».

Luigi Coretti était, jusqu'à hier matin, accusé de fraude de plus de 5000 $ et de fabrication de faux. Il était soupçonné d'avoir menti sur les comptes clients de façon à pouvoir obtenir du financement, notamment de Desjardins.

Mais hier, la poursuite a déposé un arrêt des procédures après que M. Coretti eut présenté une requête en vertu de l'arrêt Jordan, cette récente décision de la Cour suprême visant à mettre fin aux délais déraisonnables devant les tribunaux.

CE QU'IL A DIT

AU SUJET DE L'ARRÊT DU PROCESSUS JUDICIAIRE : 

« Je ne le réalise pas encore. Je ne peux pas me réjouir car cela n'aurait jamais dû arriver. Je suis davantage soulagé qu'heureux. »

À PROPOS DE LA SURVEILLANCE DE BCIA AU QUARTIER GÉNÉRAL DU SPVM : 

« Il y avait un contrat avec le SPVM. Quelqu'un l'a sûrement en ce moment. Je ne sais pas si c'est cela qui a coûté la job de l'ancien directeur Yvan Delorme. J'aimerais savoir pourquoi il est parti si vite que ça. »