Si l'agence de notation financière Fitch a failli décoter le Québec, c'est la faute aux libéraux, accuse Pauline Marois.

Publié le 18 déc. 2013
Paul Journet LA PRESSE

L'agence de notation a mis Québec «sous surveillance, avec perspective négative». Et elle voulait initialement décoter la note de crédit. Fitch y a renoncé seulement quand Québec a exercé son «droit d'appel et fourni des renseignements additionnels», lit-on dans son communiqué officiel.

Quelles sont ces informations? «Je vais vous dire autre chose, a répondu la première ministre. En fait, ils étaient en désaccord avec certaines politiques qu'avait adoptées le Parti libéral qui nous a précédés. Les informations que nous avons apportées, c'est tout simplement d'illustrer très clairement comment notre gouvernement avait réussi à contrôler les dépenses d'une façon exceptionnelle, ce que n'avait jamais fait l'ancien gouvernement pendant 10 ans.»

Elle donnait le point de presse bilan de sa mission économique en Europe.

Samedi dernier à Monaco, Mme Marois assurait pourtant d'un ton serein «qu'il n'y a pas de menace de décote, il y a surveillance».

Fitch a été préoccupée par le report du déficit zéro, qui était prévu pour cette année financière. Il a été reporté de deux ans. Le déficit cette année sera de 2,5 milliards, soit 0,7% du PIB. 

Rien ne change pour les autres agences

Les quatre autres agences de notation (Standard&Poors, Moody, DBRS et Japan Credit Rating) n'ont pas changé leur cote depuis la mise à jour économique.

Moody's a affirmé que Québec réussissait encore à contrôler ses dépenses et que les déficits pour les deux prochaines années ne gonfleront pas de manière significative la dette.

S&P relativise aussi le déficit. Elle appelle que Québec est la sixième province canadienne à devoir reporter l'équilibre budgétaire à cause de conjoncture économique.

Le défi du contrôle des dépenses

Fitch n'avait pas menacé de la sorte le dernier gouvernement Charest. «Même si (le gouvernement libéral) atteignait ses cibles budgétaires, c'est parce que ses revenus augmentaient plus vite que prévu, et il continuait à dépenser. Donc c'est l'ensemble de ces informations que nous avons rendues disponibles. Et vous aurez constaté qu'on nous a simplement mis sous surveillance, ce qui est la règle dans ces cas-là», a dit Mme Marois.

Mais quelles sont plus précisément les nouvelles informations transmises à Fitch? «C'est de nouvelles informations, dans le sens où on a explicité davantage ce qu'on trouvait dans notre budget, et nous avons explicité le fait que les décisions qui avaient été prises pour contrôler les dépenses nous avaient menés à des résultats positifs, et que c'est dans ce sens-là que nous allons continuer de travailler», a répondu la première ministre.

Elle a ajouté: «Nous avons fait état aussi de nos politiques économiques, parce que là encore, quand on a fait le point, on n'avait probablement pas suffisamment élaboré sur le fait que les investissements que nous allons faire, les mesures que nous appliquons pour augmenter les investissements privés avec des partenaires privés, va avoir un impact sur notre économie.»

Le déficit de 2,5 milliards cette année correspond à la baisse des revenus anticipés. Le gouvernement péquiste l'attribue à la croissance économique anémique et la faible inflation, deux facteurs qui diminuent les taxes et impôts payés.

La croissance économique cette année sera de 0,9%. Au Canada, elle sera de 1,6%.

Nouvelles compressions à trouver

Pour atteindre le déficit zéro dans deux ans, Québec doit limiter à 2% l'augmentation de ses dépenses, une cible qui n'a pas été atteinte cette année. La croissance des dépenses sera aussi de 3,3%, un point de pourcentage de plus que prévu. Et même si Québec atteint cette cible, il faudra encore trouver plus d'un milliard en nouvelles compressions pas encore identifiées pour équilibrer le budget.