La course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ) a été décevante sur le plan des idées, juge Jean-Claude Rivest, sénateur indépendant et ancien conseiller de Robert Bourassa. Selon lui, le prochain chef doit avoir «une priorité absolue» au lendemain de son élection, dimanche: repousser l'idée de renverser le gouvernement Marois d'au moins un an afin de revoir les positions du parti. Il propose un congrès d'orientation en 2014.

Tommy Chouinard LA PRESSE

Jean-Claude Rivest, membre du PLQ, a décidé de n'appuyer officiellement aucun des trois candidats à la direction. Il n'a contribué à aucune campagne. Il n'est pas non plus délégué en vue du congrès à la direction, le week-end prochain. Raymond Bachand, Philippe Couillard et Pierre Moreau «pourraient très bien devenir chef du parti, il n'y a aucun problème», a affirmé M. Rivest, qui a eu de bons mots surtout pour les deux premiers. Mais «je trouve qu'ils ont eu de la difficulté à définir une vision d'avenir pour le Québec» durant la campagne à la direction.

Peu propice à la réflexion

Le contexte politique explique en partie la situation, selon lui. La course a été lancée peu de temps après les élections du 4 septembre et le départ de Jean Charest. Contrairement à d'autres campagnes à la direction, il n'y a pas eu de longue période intermédiaire propice à la réflexion. Le PLQ a également «précipité» la course en raison de l'élection d'un gouvernement minoritaire. Si elle avait eu lieu plus longtemps après la défaite du gouvernement Charest, «on aurait pu changer les orientations, avoir un réel débat», a dit M. Rivest.

Il rappelle que les trois candidats ont été ministres dans le gouvernement Charest - MM. Bachand et Moreau jusqu'en septembre dernier. «Comme on est très près du départ de M. Charest, ça devient difficile pour eux de se démarquer, de proposer un réel changement, car ils sont associés à l'ancienne administration. Quitter le Conseil des ministres et sortir dehors pour dire que ça ne marche pas, ce qu'on a fait dans tel dossier, ça prend un certain temps pour faire ça. Mais il faut le faire. Ce n'est pas de manquer d'égards à l'endroit de M. Charest. À un moment donné, la vie continue, et il faut changer.»

Il reproche d'ailleurs aux libéraux de croire que la victoire péquiste n'est qu'un accident de parcours et de vouloir renverser le gouvernement au plus tôt. «Il faut que les libéraux s'enlèvent de la tête que c'est juste une parenthèse.» «Le Parti libéral a été défait: qu'il recommence à la base, remette ses idées sur la table, qu'il n'ait pas peur de confronter ses idées avec des gens de l'extérieur du parti qui vont lui dire que telle ou telle orientation ne marche pas», a-t-il soutenu.

Comme la course n'a pas permis de renouveler les idées du PLQ, le nouveau chef devrait lancer «une grande opération de réflexion sur la vision du parti». Il devrait se donner un an pour la faire, et donc renoncer à renverser le gouvernement durant cette période. «À moins que Mme Marois ne fasse une chose épouvantable» que ni le PLQ ni la Coalition Avenir Québec ne pourraient laisser passer, note-t-il.

Congrès d'orientation

Toujours selon M. Rivest, on devrait organiser un congrès d'orientation en 2014, précédé de colloques de réflexion et de consultations régionales auprès des militants. «Le membership est à refaire aussi. Il y a eu des failles là-dessus», a-t-il souligné. Le PLQ compte environ 45 000 membres, deux fois moins que pendant le règne de Robert Bourassa.

M. Rivest note que Philippe Couillard a proposé un congrès d'orientation, mais avec un échéancier plus serré, soit dès cette année.

Photo archives La Presse

Jean-Claude Rivest en 1996.