Québec veut prévenir les affrontements comme celui entre la Ville de Gaspé et la société Pétrolia. Un nouveau règlement sur la protection des sources d'eau potable sera adopté au cours des prochaines semaines pour régler de tels conflits entre une municipalité et une société pétrolière.

Paul Journet LA PRESSE

«On va établir une distance séparatrice entre les forages et les sources d'eau potable et les résidences», a annoncé le ministre délégué aux Régions, Gaétan Lelièvre.

En décembre dernier, le conseil municipal de Gaspé a adopté un règlement pour protéger ses puits artésiens. La Ville interdisait ainsi les forages qui pourraient «altérer la qualité de l'eau». Cette mesure visait à bloquer le forage exploratoire du puits Haldimand no 4 de la société junior Pétrolia.

La pétrolière québécoise avait obtenu un permis en bonne et due forme de Québec l'été dernier, et son forage ne nécessitait pas de fracturation hydraulique. Deux droits s'affrontaient donc.

Le règlement que prévoit adopter Québec aura préséance sur celui de la municipalité. Il empêchera désormais l'exploration ou l'exploitation d'hydrocarbures à une certaine distance - qui n'a pas encore été précisée - des sources d'eau potable et des résidences. À Gaspé, une maison se situait à environ 350 m du forage de Pétrolia. Le ministre de l'Environnement, Yves-François Blanchet, a déjà indiqué à La Presse qu'il serait «très surpris» qu'une telle distance soit jugée «acceptable» dans un futur règlement.

En réaction au blocage du conseil municipal, Pétrolia a décidé de suspendre ses activités à Gaspé et de les concentrer ailleurs, notamment au gisement Bourque, également en Gaspésie. Elle a toutefois laissé une foreuse à Gaspé et espère y reprendre plus tard ses forages si le projet devient acceptable. Elle n'exclut pas non plus des poursuites.

Évaluation toxicologique

Pétrolia a dévoilé hier les résultats d'une évaluation toxicologique du puits Haldimand no 4. L'étude a été commandée à un chercheur du département de santé environnementale et de santé au travail de l'Université de Montréal. Le résultat «démontre que les craintes véhiculées par certaines personnes sont tout simplement non fondées», a affirmé son président, André Proulx.

Dans le coffrage de surface, la toxicité des trois produits utilisés est «négligeable», selon l'étude. Pour le coffrage intermédiaire, la toxicité de cinq produits est «négligeable» et celle d'un autre est jugée «faible». Enfin, pour le réservoir de pétrole, le forage se fait avec un fluide à base de distillat de pétrole, dont la toxicité «est qualifiée de moyenne». On ajoutera huit produits à ce fluide: la toxicité de cinq d'entre eux est négligeable et celle des trois autres est faible.