Plus de la moitié des circonscriptions ont désormais tenu leur assemblée de choix des délégués en prévision du congrès qui, le 17 mars, choisira le successeur de Jean Charest. Et à moins d'un imprévu ou d'une énorme tempête de neige, l'ex-ministre Philippe Couillard devrait l'emporter dès le premier tour de scrutin.

Mis à jour le 23 févr. 2013
Denis Lessard LA PRESSE

En fait, la principale inconnue quand les délégués seront réunis à Verdun, dans moins d'un mois, sera de savoir qui, de Raymond Bachand ou de Pierre Moreau, terminera troisième.

Selon les données que La Presse a colligées, l'ancien ministre de la Santé a actuellement l'appui d'un peu plus de 50 % des 1518 délégués choisis. Son score oscillait autour de 55 % cette semaine, selon la récolte de délégués de la soirée. Or, parmi les circonscriptions où les assemblées n'ont pas encore eu lieu, 22 ont échappé au PLQ en septembre, et une trentaine se trouvent dans les régions, loin de la zone du grand Montréal. Dans les deux cas, il s'agit d'un terreau plus fertile pour l'équipe de Philippe Couillard, reconnaissent plusieurs sources libérales dans tous les camps.

Actuellement, l'ex-ministre des Finances Raymond Bachand est en troisième place, mais il a toutes les chances de devenir deuxième d'ici à la fin des assemblées, dont la dernière se tiendra dans Taillon, le 9 mars.

L'ancien ministre des Transports Pierre Moreau, qui, depuis les débats publics, bénéficie d'un net élan par rapport à son adversaire Bachand, trouvera les prochaines semaines plus difficiles: les circonscriptions où il bénéficiait de l'appui des députés, en Outaouais notamment, ont déjà tenu leur assemblée. La moisson des prochains jours s'annonce bien moins bonne.

Le clan Bachand estime être en bonne posture dans de nombreuses circonscriptions à venir, mais on admet du bout des lèvres que le candidat Couillard aura la majorité des délégués à venir.

Chez ces adversaires, on reconnaît l'avance du Dr Couillard, mais on soutient qu'il ne l'emportera pas au premier tour. Dire le contraire ferait, on le comprend, se volatiliser les appuis de MM. Bachand et Moreau. Dans l'entourage de l'ex-ministre des Finances, on soutient détenir l'appui d'environ 30 % des délégués, comparativement à 17 % pour Moreau et 45 % pour Philippe Couillard. Du côté de Moreau, on estime que le médecin a un peu moins de 40 % des délégués. On ne laisse que 17 % à Bachand et on affirme que l'ancien ministre des Transports détient près du tiers des délégués élus.

Pas de quartier

Dans les circonscriptions où les assemblées réunissent généralement une cinquantaine de militants souvent âgés, la rivalité entre les candidats cause parfois des dérapages. Dans Mont-Royal, où le clan Moreau pensait avoir les coudées franches avec l'appui du député Pierre Arcand, les militants ont donné une pleine délégation à Raymond Bachand. Par dépit, le clan Moreau a tenté de faire disqualifier l'une des élues, Andrée Bourassa, la veuve du regretté Robert Bourassa! L'affaire s'est rendue, le lendemain, au comité des litiges du parti, qui a vite confirmé la légitimité de l'illustre déléguée. En fin de semaine dernière, le clan Couillard avait fait battre Stéphanie, la fille de Raymond Bachand, qui tentait d'être déléguée dans Mercier. Le même jour, ils ont fait battre la belle-mère de Pierre Moreau dans Charlevoix.

Des observateurs non alignés constatent une grande différence entre l'attitude des organisateurs de Philippe Couillard et celle de ses deux adversaires. Les premiers, plus organisés, à la limite de l'arrogance, arrivent «le couteau entre les dents» aux assemblées, où leurs rivaux ont «les mains dans les poches». Même chose quand il a fallu négocier le scénario du congrès de Verdun: les négociateurs de Philippe Couillard, Jean-Pascal Bernier et Philippe Dubuisson, semblaient avoir un plan de match bien plus arrêté que leurs vis-à-vis Isabelle Perras, pour Raymond Bachand, et Pierre Paquin, pour Pierre Moreau, selon un observateur.

La distance... a de l'importance

Dans le camp Bachand, on se prend à évoquer une tempête de neige - un classique pour la Saint-Patrick. Car la campagne Couillard doit composer avec un élément impondérable: la météo. Raymond Bachand et Pierre Moreau peuvent compter sur une bonne partie de leurs appuis dans la région immédiate de Montréal. Ce n'est pas le cas du Dr Couillard, qui, présent dans la métropole, a balayé la Gaspésie, la Côte-Nord, la région de Québec et le Saguenay. Il lui sera plus difficile de s'assurer que les délégués seront présents au congrès de Verdun. Aussi, les règles du parti prévoient que les candidats ne peuvent dépenser plus de 100 000 $ pour le déplacement et l'hébergement des délégués, un handicap important quand il faut faire venir ses appuis de l'autre bout de la province. Or, dans le camp Couillard, on réfléchit même à une stratégie pour limiter les coûts: emmener à Montréal par autocar les délégués de ces circonscriptions à temps pour le vote, le dimanche 17 mars - le bureau de scrutin fermera à 13 h. Il n'y aurait donc pas de dépenses d'hébergement pour ces délégués, mais ils rateraient la soirée hommage à Jean Charest, le samedi soir!