Pas de cris, pas de crises, pas de claquements de porte ni de ces déclarations où il est difficile de départager l'ego des convictions. Line Beauchamp était, depuis près de 10 ans, une ministre sans histoire, jusqu'au moment où elle a décidé de quitter le navire en pleine tempête.

Denis Lessard LA PRESSE

Pas de problème avec les artistes à la Culture - le dossier linguistique n'a pas fait de vagues quand elle tenait la barre, comme ministre, de 2003 à 2007. À l'Environnement, elle avait donné le feu vert au projet Rabaska et mis au rancart la privatisation du mont Orford. Studieuse et patiente, elle menait chaque opération sans trop d'affrontements, sans drames. Elle n'avait pas l'expérience des collisions frontales. L'affrontement des trois derniers mois était presque un baptême du feu pour celle qui avait été nommée vice-première ministre en août 2011.

Psychologue, originaire de Valleyfield, où sa famille avait un commerce, la jeune militante sociale de Pro-Est avait été remarquée par Jean Charest dès 1998, après une discussion sur le développement économique de l'Est. Elle deviendra la conjointe de Pierre Bibeau, un vétéran écouté au PLQ. Dans l'opposition, Line Beauchamp aura, de 1998 à 2003, le dossier de la Culture. Elle fera mentir l'adage qui dit qu'on ne devient pas ministre d'un portefeuille qu'on a critiqué - et où on a beaucoup promis.

Avec Monique Jérôme-Forget, elle défendra la nouvelle salle de l'OSM. Lorsqu'elle a quitté la Culture, le budget de ce ministère avait presque doublé - une augmentation de 200 millions.

C'est aussi l'époque où les communicateurs libéraux parlent des «anges», les ministres fortes qui protègent Jean Charest. Timide et discrète, elle fait pourtant naturellement partie du club, aux côtés des Jérôme-Forget et Normandeau, plus colorées. Dès lors, on comprend que Jean Charest porte une attention particulière à son cheminement.

En 2007, sous un gouvernement minoritaire, elle envoie aux oubliettes la privatisation du mont Orford. Claude Béchard avait rempli sa commande, elle a exécuté la sienne, totalement contraire, sans une seule friction avec le regretté Béchard. Même si le gouvernement était précaire en Chambre, elle avait donné le feu vert au dossier de Rabaska, un projet de port méthanier - une question émotive à Québec. Elle avait fait adopter une politique de l'eau, afin d'établir qu'il s'agit d'une richesse collective.

Nommée à l'Éducation en 2010, elle a accepté à contrecoeur ce ministère où Jean-Marc Fournier et Michelle Courchesne s'étaient un peu cassé les dents.