Après quelques récents accidents médiatisés dans le secteur de la construction, le gouvernement songe sérieusement à renforcer la Loi sur la santé et la sécurité au travail pour mieux protéger ces travailleurs, a appris La Presse.

Paul Journet LA PRESSE

La ministre du Travail, Lise Thériault, doit bientôt déposer une réforme de cette loi qui date de 30 ans. L'écriture n'est pas encore terminée, mais, selon nos informations, Mme Thériault a récemment décidé d'ajouter des mesures sur la construction. On y sanctionnerait plus sévèrement les entrepreneurs négligents. Leur licence pourrait même être suspendue.

Au cabinet de la ministre, personne n'a voulu confirmer ou infirmer nos informations. «Avant de commenter, on va compléter le projet de loi et on va le présenter à l'Assemblée nationale», s'est contenté de dire Charles Robert, attaché de presse de Mme Thériault. Ce sera fait rapidement. «Il sera déposé peu après la rentrée parlementaire [le 14 février]», prévoit-il.

L'automne dernier, le conseil d'administration de la CSST, composé de représentants syndicaux et patronaux, a formulé une série de recommandations communes pour cette réforme. Aucune ne portait toutefois sur l'industrie de la construction. Cela a courroucé Yves Ouellet, directeur général de la FTQ-Construction, qui représente 44% des syndiqués du milieu. «On le sait, la sécurité et la santé des travailleurs de la construction, ça coûte bien trop cher», ironise-t-il.

Des amendes plus élevées

En 2009, la loi 35 a augmenté de trois à six fois les amendes aux employeurs. Elles n'avaient pas changé depuis 1979. Mais le métier demeure risqué, comme le prouvent les plus récents chiffres de la CSST. En 2010, le quart des décès sur les lieux de travail sont survenus dans la construction. Pourtant, ce secteur ne compte que 6% de la main-d'oeuvre.

Il y a deux semaines sur le chantier du CHUM, un vitrier a été plongé dans le coma après avoir reçu un bloc de glace sur la tête (voir encadré). Aucun périmètre de sécurité n'avait été établi pour signaler que des travaux se déroulaient à un étage supérieur, avait alors dénoncé la FTQ-Construction.

La ministre Thériault songerait maintenant à brandir la menace d'une suspension des licences. «Si ça arrive, on ne sera certainement pas contre. Mais notre priorité, c'est la prévention», dit M. Ouellet. Il demande avant tout qu'on promulgue un règlement peu appliqué selon lui. «Il faut un représentant en santé et sécurité sur les chantiers, et il ne faut pas qu'il soit payé par le boss. Ça fait 15 ans que je me bats tous les jours pour ça, et ça n'avance pas.»