Québec procédera à une embauche massive au ministère des Transports (MTQ) afin d'y ramener une expertise interne, et admet, du coup, avoir été trop loin dans sa volonté de réduire la taille de l'État en confiant de plus en plus de travaux en sous-traitance au secteur privé.

Pierre Saint-Arnaud LA PRESSE CANADIENNE

L'embauche de près d'un millier de nouveaux employés d'ici cinq ans au MTQ, surtout des ingénieurs et des techniciens, est l'une des mesures les plus importantes parmi la quarantaine d'actions annoncées jeudi à Montréal par le gouvernement Charest pour lutter contre la corruption et la collusion dans l'industrie de la construction.

La présidente du Conseil du Trésor, Michelle Courchesne, a même précisé que cet ajout de personnel allait se traduire par une économie nette de près de 34 millions $ par rapport aux coûts de sous-traitance dans le secteur privé, en plus de redonner à l'État une expertise qu'il avait abandonnée.

La décision s'inscrit dans un train de mesures qui visent surtout à contrôler le coût des contrats, la manière dont ils sont octroyés, écarter les entrepreneurs véreux et criminels, et les empêcher de s'entendre entre eux en marge du processus de soumissions.

Ainsi, des sanctions seront imposées pour les erreurs, les omissions et autres problèmes, et les firmes de génie-conseil se verront imputer les coûts supplémentaires qui en découleront. Des sanctions seront également imposées aux entreprises qui réclament des sommes supplémentaires indues - les fameux «extras».

Québec crée aussi un registre des entrepreneurs qui auront été reconnus coupables de crimes économiques et de crimes liés à la collusion, la corruption ou la fraude, ce qui les rendra inadmissibles aux contrats publics.

«Il faut comprendre que transiger avec l'État, c'est un privilège et c'est un privilège qui ne sera accordé qu'à ceux qui montrent patte blanche», a déclaré le ministre des Transports, Pierre Moreau, en annonçant les mesures qu'il entend prendre.

Les organismes publics - incluant les municipalités - auront désormais le loisir de rejeter des soumissions anormalement basses, et les entreprises qui auront demandé les documents d'appels d'offres mais qui n'auront pas fait de soumissions seront rencontrées afin, notamment, de voir si elles ont été victimes de manoeuvres de collusion.

Les mesures de surveillance et de protection qui ont cours en marge des contrats de plus de 40 millions $ seront désormais applicables aux contrats de moins de 40 millions $. De même, l'ensemble des mesures d'analyse des documents et des soumissions, de surveillance des chantiers et d'évaluation des travaux seront resserrées.

L'ajout de professionnels au MTQ servira d'ailleurs à améliorer la surveillance des chantiers, l'inspection des structures et le suivi de l'état du réseau routier, notamment, mais leur arrivée a une signification beaucoup plus profonde.

Les propos de la ministre Courchesne annoncent en effet un changement de cap à 180 degrés quant à la «réingénierie de l'État» et au recours au secteur privé en sous-traitance.

«Depuis plus de 10 ans maintenant (...) on a fait de plus en plus appel à l'expertise externe, a-t-elle déclaré. On nous a beaucoup demandé de réduire la taille de l'État, de vraiment contrôler cette taille de l'État, alors que la gestion des ministères se complexifie, alors qu'il y a des nouveaux besoins, alors qu'il y a des nouvelles façons de faire (...) Force est de constater aujourd'hui - et c'est une volonté très ferme du gouvernement - (qu'il faut) maintenir cette expertise» (interne).

La ministre Courchesne a de plus clairement indiqué que le mouvement ne s'arrêterait pas au MTQ. «Nous allons commencer par le ministère des Transports. Je peux vous dire qu'il y en a d'autres qui suivront, pour faire en sorte que, oui, nous assumions nos responsabilités, celles auxquelles la population s'attend, pour protéger nos investissements, s'assurer que nos lois sont respectées, et ça veut dire, oui, de l'ajout de cette expertise.»