Les propositions de Bernard Drainville pour un «renouveau démocratique» servent actuellement de catalyseur au mécontentement de militants péquistes. Sans que le député de Marie-Victorin soit intervenu, le report au mois de novembre du débat qui devait avoir lieu sur son plan fait grogner les troupes à la veille du conseil national.

Denis Lessard LA PRESSE

La démission de deux présidents de circonscription, mercredi, n'émeut pas le président du PQ, Raymond Archambault. Il souligne que de tels départs sont fréquents et que la démission de quatre députés péquistes en juin dernier a pu convaincre des présidents de circonscription de les suivre.

Mercredi, François Lemay, président de Saint-Henri-Sainte-Anne, a quitté son poste avec fracas, critiquant sévèrement la chef péquiste Pauline Marois. Il avait d'ailleurs claqué la porte de la dernière réunion des présidents de circonscription, à la mi-septembre.

Le président de Charlesbourg, Patrick Voyer, est parti pour des raisons diamétralement opposées: le PQ parle trop de référendum à son goût. «Quand j'ai accepté d'être président, il y a deux ans, Mme Marois avait un discours très axé sur l'économie, a-t-il expliqué à La Presse. Là, on ramène le référendum, je ne suis pas à l'aise avec ça.»

Il est séduit par les propositions de François Legault, mais il insiste pour dire qu'il ne quitte pas le PQ pour se joindre à la Coalition.

Philippe Dubeau, influent militant de Saint-Henri-Sainte Anne, reste proche de Bernard Drainville, tout comme sa conjointe, Annik Pouliot. Mme Pouliot s'était portée candidate dans Montréal-Centre après le départ d'Atim Leon, mais la direction du PQ a imposé Vincent Grenier, dont la loyauté à Mme Marois ne fait pas de doute - il est président de la circonscription de Nicole Léger. Ce choix avait irrité François Lemay, mais aussi Pierre-Yves Mailhot, président de Rosemont.

Mme Pouliot faisait partie des militants qui poussaient le plus ardemment pour que les propositions de Bernard Drainville soient discutées sans délai. On visait le conseil national de demain; la direction du PQ a opté pour un second conseil fin novembre, un choix très onéreux pour le parti, dont la campagne de financement lève difficilement.

Responsable de la commission politique, Alexandre Thériault-Marois est aussi sympathique à Bernard Drainville, dont il a été l'attaché politique.

Joint hier, M. Mailhot a carrément refusé de répondre quand La Presse lui a demandé s'il comptait imiter son collègue. La démission de M. Lemay est «une lourde perte, c'est lui qui avait organisé les sorties du PQ contre Turcot».

Aussi dans le courant de Drainville, Marie-Michèle Dubeau, soeur de Philippe, qui fait partie du conseil exécutif national du PQ.

Le mois dernier, le président de Montréal-Centre, Atim Leon, et celui d'Hochelaga-Maisonneuve, Alexis Gagné-LeBrun, avaient aussi démissionné.

Dans Crémazie, Hadrien Parizeau, petit-fils de l'ancien premier ministre, était avare de commentaires, hier, mais il n'aime pas que le président Archambault minimise ces départs: «Je déplore cette réaction. Dire que quelques démissions ne sont pas graves... Je trouve étrange qu'on banalise ces gestes.»

Dans une lettre publiée sur l'internet, François Lemay explique sa décision de quitter la présidence de Saint-Henri-Sainte-Anne.

«Le manque de flair politique de ceux qui ont proposé le projet de loi 204 a fait éclater au grand jour un malaise profond qui existait déjà. La crise qui a suivi les démissions du 6 juin dernier a cristallisé un déficit de confiance qui s'était peu à peu établi entre la direction du parti et certains de ses éléments les plus actifs.

«Le mouvement souverainiste est aujourd'hui en proie à des querelles intestines et le Parti québécois reçoit un taux d'appui si faible qu'il pourrait littéralement disparaître aux prochaines élections. Cette situation peu enviable a ceci de particulier qu'elle n'a pas été créée par nos adversaires, mais bien par la direction de notre parti. [...] Si, il y a un an, la direction du PQ avait pris au sérieux l'éventualité que François Legault lance un nouveau parti, peut-être serions-nous prêts aujourd'hui à y faire face.»

«Ceux qui ont la responsabilité de nous sortir de ce pétrin sont en fait ceux qui nous y ont mis. Mme Marois doit s'entourer de gens qui l'aideront à donner un nouveau souffle au parti pour sonner le rappel des troupes. [...] Malheureusement, tout indique que Mme Marois n'a pas l'intention de faire les changements qui s'imposent. Par conséquent, je ne vois pas en quoi mon implication politique peut être utile», observe enfin M. Lemay, qui reste membre du PQ.