Le Québec a trop concentré ses investissements en infrastructures, tellement qu'il serait incapable de réagir à une nouvelle récession, soutient Pauline Marois.

Paul Journet LA PRESSE

En point de presse mercredi, la chef du PQ a essayé de détourner l'attention des querelles internes dans son parti. Elle veut recentrer le débat sur les problèmes du quotidien, à commencer par l'économie. «Vous voudriez qu'on mette l'accent davantage sur des problèmes qu'on a eus? Pensez-vous qu'on a le goût de faire ça? Pantoute», a-t-elle lancé.

Le PQ a la «responsabilité» de «se ressaisir» et «reprendre l'initiative». «On peut avoir une barque qui a tangué un peu, mais le gouvernement n'est pas meilleur qu'il était», a-t-elle lancé.

Le PQ accuse le gouvernement Charest de négliger les infrastructures routières. Mais mercredi, son critique en Finances, Nicolas Marceau, l'a accusé en même temps d'avoir «gaspillé» sa marge de manoeuvre en «accélérant de façon trop importante l'investissement dans les infrastructures».

Ce sont pourtant ces investissements qui ont aidé le gouvernement à mieux se sortir de la dernière récession. M. Marceau  s'inquiète toutefois pour la suite. «Au moment où plusieurs pensent que nous pourrions retourner en récession, (...) le gouvernement ne dispose plus de munitions pour affronter une autre récession», évalue-t-il.

La capacité d'endettement du Québec a déjà été «étirée à son maximum». L'industrie de la construction «roule aussi déjà à son maximum». «On va manquer de pelles», dit M. Marceau.

L'année prochaine, les investissements en infrastructure atteindront un chiffre record de 9,6 milliards $. Cela représente près de 3% du PIB. Selon ce que prévoit le dernier budget, ils diminueront ensuite graduellement de 500 millions $ par année, pour atteindre 1,7% du PIB  dans 10 ans.

Cela reste insuffisant, pense M. Marceau. Si l'économie ralentit ou décroît bientôt, le gouvernement ne pourrait pas la stimuler en investissant davantage dans les infrastructures. «Je ne crois pas qu'on puisse aujourd'hui facilement appuyer sur l'accélérateur comme on l'a fait en 2007», estime M. Marceau.

Mme Marois soutient que le gouvernement aurait aussi dû «ralentir un petit peu» les chantiers routiers pour moins «embêter» les citoyens.

En 2009, pour la première fois, les investissements publics ont dépassé ceux du privé au Québec. C'est encore le cas. Le contraire s'observe dans toutes les autres provinces du pays (lire ici et ici).

De 2007 à 2010, les investissements privés en machines et équipements ont baissé de 17 à 14 milliards $, souligne M. Marceau.

Recul face au reste du Canada

L'année dernière, le gouvernement Charest a créé plus de 92 000 emplois. Mais selon les plus récents chiffres de Statistiques Canada, le taux de chômage le mois dernier était de 7,6% au Québec. Il s'agit d'une hausse de 0,4%. Le Québec est désormais moins performant que la moyenne canadienne (7,3%). «On a perdu l'avance qu'on avait pris durant la crise», déplore M. Marceau.

Le taux de croissance de Québec (2,2%) jusqu'à date cette année est aussi inférieur à celui du Canada (2,9%) et des États-Unis (2,5%).

Selon les prévisions des institutions financières, ce taux sera de 1,5% pour 2011-12. Soit moins que le 2% sur lequel tablait le dernier budget Bachand, souligne M. Marceau.