Pauline Marois s'est entretenue hier pendant une heure et quart avec le premier ministre et le président haïtiens à Port-au-Prince. En entrevue à La Presse Canadienne, elle y est allée d'une attaque contre Jean Charest, répondant qu'«effectivement, il aurait dû venir plus tôt en Haïti».

Louise Leduc LA PRESSE

À La Presse, Mme Marois s'est faite plus badine, se contentant d'expliquer que non, elle n'avait pas croisé Michèle Dionne au marché. Si cela avait été le cas, les deux femmes se seraient «saluées cordialement et poliment».

Charest devancé

Aussi court soit-il, ce voyage éclair de deux jours de Pauline Marois en Haïti a fait couler beaucoup d'encre. D'abord parce que Mme Marois a pris de vitesse le premier ministre en se rendant dans l'île avant lui. Ensuite, parce que le premier ministre n'avait pas été prévenu d'emblée de la mission de la chef péquiste. Et, enfin, parce que la femme de Jean Charest, Michèle Dionne, se trouve finalement en Haïti en même temps que Pauline Marois - pure coïncidence - à titre d'ambassadrice de la Croix-Rouge dans le cadre d'une tournée dans quatre villes.

Sur le terrain, tout s'est bien passé. Adam Barratt, chargé d'affaires à l'ambassade du Canada, était présent lors de la rencontre de Mme Marois avec René Préval et Jean-Max Bellerive. Mme Marois a dit n'y avoir vu aucun inconvénient. «Je dis ce que j'ai à dire, peu importe qui est là.»

De toute façon, Mme Marois n'était pas là pour rendre ses hôtes haïtiens mal à l'aise ni pour transposer en Haïti les disputes nationales du Québec. «Notre intention, ce n'est pas de les embêter, mais de les aider.»

Rencontre émouvante

Et alors, cette rencontre? Mme Marois a d'abord souligné combien il a été émouvant pour elle de se retrouver à Port-au-Prince, d'y voir la destruction de ses propres yeux, de voir en personne le Palais présidentiel effondré et de constater la volonté des gens de retrousser leurs manches.

Dans son entretien avec MM. Préval et Bellerive, il a beaucoup été question d'éducation - des milliers de petits Haïtiens n'ont toujours pas repris le chemin de l'école.

Mme Marois a signalé au président et au premier ministre haïtiens que, s'il est une expertise que le Québec peut exporter, c'est bien l'éducation, «notamment par l'entremise de la Fondation Paul-Gérin Lajoie», qui oeuvre déjà en Haïti depuis plusieurs années.

MM. Bellerive et Préval ont répété qu'ils espéraient voir des investisseurs québécois arriver en Haïti pour y brasser des affaires au bénéfice de toutes les parties. Mme Marois leur a rappelé que les gens de l'industrie du bois du Québec étaient désireux d'apporter leur contribution en construisant des maisons en bois. «Le bois, qui proviendrait du Québec, éviterait qu'il y ait encore plus de déforestation en Haïti», a fait remarquer Mme Marois.

La diaspora haïtienne

Il a aussi été question de la diaspora haïtienne. Mme Marois et les hommes d'État haïtiens ont-ils parlé de la grande demande des Haïtiens d'ici, qui souhaitent avoir droit à la double nationalité et ainsi obtenir le droit de vote aux élections haïtiennes? Oui, il en a été question, et Mme Marois a assuré que la question «préoccupe beaucoup» le président Préval, qui continue d'y réfléchir.

Mme Marois sera de retour au pays demain et se replongera dans l'affaire Marc Bellemare. En attendant, en fin de semaine, elle est, dit-elle, dans le domaine «des choses essentielles et fondamentales: la vie humaine et l'espoir».