À la suite du refus de ses collègues libéraux de la laisser comparaître une seconde fois devant le comité de la justice, l'ancienne ministre Jody Wilson-Raybould compte soumettre un témoignage écrit à ce même comité et fournir des extraits de courriels et de messages textes pour étoffer sa version des faits relativement à l'affaire SNC-Lavalin.

JOËL-DENIS BELLAVANCE LA PRESSE

Dans une lettre qu'elle a fait parvenir au président du comité de la justice de la Chambre des communes, Mme Wilson-Raybould a fait savoir qu'elle a l'intention de soumettre les documents pertinents qui découlent de son témoignage du 27 février. Durant ce témoignage percutant, elle a affirmé avoir fait l'objet de pressions indues pendant quatre mois, entre septembre et décembre, de la part du bureau du premier ministre pour qu'elle intervienne afin d'éviter à SNC-Lavalin un procès criminel.

« J'ai en ma possession des faits et des preuves pertinents qui permettront de clarifier davantage mes déclarations que j'ai faites et élucider la véracité et la nature des déclarations d'autres personnes qui ont offert un témoignage après ma comparution devant le comité », a écrit l'ancienne ministre de la Justice et Procureure générale dans sa lettre.

« Je vais soumettre une déclaration écrite au comité relativement aux questions qui demeurent sous le coup du secret ministériel et du secret professionnel », a-t-elle aussi écrit.

Mardi, les libéraux ont utilisé leur majorité au comité de la justice pour mettre fin aux travaux qu'il menaient depuis quelques semaines pour tirer cette affaire au clair, rejetant une motion des conservateurs et appuyée par les néo-démocrates visant à entendre pour une seconde fois Jody Wilson-Raybould. Cette manoeuvre des députés libéraux a provoqué la colère du Parti conservateur, qui a tenté de retarder le budget du ministre des Finances Bill Morneau mardi et qui a forcé la tenue d'un marathon de votes sur des mesures budgétaires qui a duré 30 heures et pris fin vers 1 h la nuit dernière.

Cette lettre a été rendue publique quelque 24 heures après que le magazine Maclean's eut publié une longue entrevue que lui a accordée l'ancienne président du Conseil du Trésor, Jane Philpott, qui a aussi démissionné du cabinet à cause de la gestion de l'affaire SNC-Lavalin par le gouvernement Trudeau.

Dans cette entrevue, Mme  Philpott, a affirmé « qu'il y a encore beaucoup à savoir » dans cette controverse qui ébranle le gouvernement de Justin Trudeau depuis six semaines déjà.

« Il y a encore dans cette histoire beaucoup de choses qui doivent être dites », a soutenu Jane Philpott alors qu'elle explique qu'il y a eu une « tentative de taire l'histoire ». Une tentative qu'elle attribue au premier ministre lui-même et à ses proches conseillers, rapporte ce matin le Maclean's.

Selon Mme Philpott, les Canadiens ont le droit de connaître tous les détails de cette affaire et il appartient aux politiciens élus de leur accorder ce droit. Elle estime par ailleurs que les travaux menés par le comité de la justice de la Chambre des communes n'ont pas permis de couvrir tous les aspects de cette crise.