La mise en garde servie par les autorités américaines lundi contre le géant chinois Huawei pourrait bien avoir du poids dans la décision d'Ottawa d'autoriser l'entreprise de télécoms à implanter son fameux réseau 5G au pays.

Mis à jour le 30 janv. 2019
FANNY LÉVESQUE LA PRESSE

« Nous sommes évidemment très sensibles à ce que nos alliés pensent et croient, et nous pesons ces opinions très attentivement », a laissé savoir hier le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale. « Notre travail est d'agir dans l'intérêt supérieur des Canadiens et nous veillerons à ce que leur sécurité soit assurée », a-t-il ajouté.

Lors du dépôt de 23 accusations de nature criminelle contre l'entreprise Huawei et sa directrice financière, Meng Wanzhou, lundi à New York, le directeur du FBI n'a pas été tendre envers le leader de la téléphonie, affirmant que « des entreprises comme Huawei représentent une double menace pour la sécurité économique et la sécurité nationale ».

Les États-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, trois partenaires canadiens membres du « Five Eyes », ont par ailleurs déjà interdit l'utilisation des produits Huawei dans le développement du réseau 5G de leur pays. « Nous sommes très attentifs pour nous assurer que tous les enjeux seront pris en compte », a précisé Ralph Goodale.

Impossible pour l'heure de savoir à quel moment le Canada tranchera par rapport au sort de Huawei sur son territoire. « Ça prendra le temps qu'il faudra pour nous assurer de prendre une décision dans l'intérêt national », a indiqué le ministre de l'Innovation, Navdeep Bains, qui a invité les acteurs de l'industrie, citant Nokia et Ericsson, qui veulent offrir la technologie 5G au pays « à plus de concurrence ».

Appel à libérer Meng Wanzhou

Malgré le dépôt d'accusations des États-Unis contre Meng Wanzhou, la Chine a une fois de plus pressé Ottawa de libérer immédiatement la haute dirigeante de Huawei et « d'arrêter de mettre en péril ses propres intérêts au bénéfice » des Américains. Mais ce nouvel appel à la libération de Mme Meng n'a pas semblé avoir d'effets jusqu'à Ottawa.

« Je reste à l'extérieur du processus [d'extradition] », a affirmé le ministre de la Justice, David Lametti, devant la presse parlementaire. « On a un système judiciaire qui est excellent - l'un des meilleurs au monde - basé sur la primauté du droit. On a confiance en ce système et l'on va suivre le processus [d'extradition] jusqu'à la fin », a-t-il dit.

Pour sa part, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a réitéré sa confiance envers son équipe diplomatique présente en Chine et n'a pas voulu s'avancer sur le successeur de John McCallum, limogé samedi dernier. « C'est important de bien le choisir et c'est ce que le gouvernement fera », a-t-elle assuré.