Les libéraux de Justin Trudeau et les partis de l'opposition croiseront le fer dans la toute nouvelle Chambre des communes lundi pour un dernier tour de piste parlementaire avant les élections du 21 octobre.

Mis à jour le 28 janv. 2019
JOËL-DENIS BELLAVANCE LA PRESSE

Les relations tumultueuses entre le Canada et la Chine, la lutte contre les changements climatiques, la gestion du dossier des milliers de migrants qui ont traversé la frontière canado-américaine de manière irrégulière, la ratification de l'Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) et l'absence de plan de retour à l'équilibre budgétaire sont autant de dossiers qui risquent de provoquer des étincelles entre le gouvernement Trudeau et le Parti conservateur, le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Bloc québécois alors que le compte à rebours électoral est bien en marche.

À compter de lundi - et pour au moins la prochaine décennie -, les élus siégeront donc dans une nouvelle Chambre des communes, aménagée dans l'édifice de l'Ouest, alors que l'édifice du centre qui abrite l'emblématique tour de la Paix doit subir à son tour des rénovations majeures.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, planche depuis quelques semaines sur son dernier budget fédéral, lequel devrait être déposé en février ou en mars, avant que les électeurs ne soient convoqués aux urnes cet automne.

Ce dernier budget devrait constituer le fer de lance de la campagne des libéraux de Justin Trudeau pour obtenir un second mandat majoritaire des Canadiens.

Les affaires étrangères risquent d'occuper une large place durant les débats aux Communes, le Canada étant malmené par certains pays, notamment la Chine, l'Arabie saoudite, la Russie et, dans une moindre mesure, les États-Unis, qui imposent d'ailleurs encore des tarifs douaniers de 25% aux exportations canadiennes d'acier et de 10% aux exportations canadiennes d'aluminium, sans oublier que le conflit du bois d'oeuvre entre Ottawa et Washington n'est toujours pas réglé.

D'entrée de jeu, le Parti conservateur entend bombarder de questions le premier ministre dans la foulée de sa décision de congédier l'ambassadeur du Canada en Chine, l'ex-ministre John McCallum, à qui plusieurs ont reproché d'avoir manqué à son devoir de réserve la semaine dernière en affirmant que la directrice financière du géant des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou, arrêtée en décembre à Vancouver par les autorités canadiennes à la demande des Américains, avait à sa disposition plusieurs bons arguments pour éviter d'être extradée aux États-Unis.

Trois élections partielles

Les élus de toutes les formations politiques ont aussi encerclé le 25 février dans leur calendrier, date à laquelle trois élections partielles sont prévues, notamment dans la circonscription de Burnaby-Sud, que convoite le chef du NPD, Jagmeet Singh, sans siège aux Communes depuis qu'il a pris la tête de son parti en octobre 2017. Les deux autres circonscriptions où auront lieu des élections partielles sont Outremont, au Québec, et York-Simcoe, en Ontario. Le 25 février, les électeurs passeront aussi leur premier jugement sur le Parti populaire du Canada de Maxime Bernier, qui présente des candidats dans les trois circonscriptions.

Au cours des dernières semaines, Justin Trudeau et ses troupes ont commencé à jeter les bases de la rentrée parlementaire, mais aussi de la prochaine campagne électorale. Le premier ministre, qui a remanié son cabinet il y a deux semaines pour la dernière fois avant le prochain scrutin, a aussi répondu aux questions des gens ordinaires durant des assemblées citoyennes tenues dans plusieurs provinces, dont une à Saint-Hyacinthe, il y a une dizaine de jours. En fin de semaine, les militants libéraux de l'aile québécoise du Parti libéral du Canada se sont réunis à Québec afin de peaufiner leur stratégie électorale dans la province, considérée comme cruciale pour les libéraux afin d'obtenir un second mandat majoritaire.

Message du chef conservateur

À la veille de la reprise des travaux, dimanche, le chef du Parti conservateur Andrew Scheer a tenu à livrer un message tout simple à ses troupes: les Canadiens ne peuvent pas se permettre quatre autres années d'un gouvernement libéral dirigé par Justin Trudeau.

Les déficits qui s'accumulent, les bourdes diplomatiques qui se multiplient et les tensions avec les provinces qui s'aggravent font en sorte que les Canadiens ont déjà soif d'un changement de direction à Ottawa, a soutenu M. Scheer.

Dans un discours devant les députés et sénateurs conservateurs, et une centaine de candidats déjà choisis en prévision de la prochaine campagne électorale, M. Scheer a promis de livrer une lutte de tous les instants pour défendre les Canadiens qui ont de la difficulté à joindre les deux bouts.

«Il y a un désir grandissant pour élire un nouveau gouvernement en 2019. Les Canadiens ont appris à connaître Justin Trudeau et ses libéraux très bien au cours des trois dernières années. Et ils n'aiment pas ce qu'ils voient.»

Il a ensuite énuméré une liste «d'échecs» du premier ministre et de son gouvernement, en rappelant d'abord que le conseiller à l'éthique a statué que Justin Trudeau avait violé la Loi sur les conflits d'intérêts en acceptant un voyage dans l'île privée de l'Aga Khan en décembre 2016, que le premier ministre n'a jamais respecté sa promesse de rétablir l'équilibre budgétaire en 2019 et que M. Trudeau s'est mis à dos des alliés traditionnels du Canada tout en faisant preuve d'amateurisme dans le dossier des relations avec la Chine.

Il a aussi de nouveau critiqué la décision du gouvernement Trudeau d'imposer une taxe sur le carbone, qui est entrée en vigueur dans les provinces qui n'ont pas de tarif sur la pollution comme l'Ontario, la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick, entre autres.