Vilipendé depuis 24 heures pour avoir évoqué publiquement quelques pistes que pourrait utiliser la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, devant les tribunaux canadiens pour éviter une extradition vers les États-Unis, l'ambassadeur du Canada en Chine, John McCallum, a présenté ses excuses jeudi dans l'espoir de calmer la tempête politique que ses propos ont provoquée.

Mis à jour le 24 janv. 2019
JOËL-DENIS BELLAVANCE LA PRESSE

Dans un communiqué de presse, l'ancien ministre du gouvernement Trudeau devenu ambassadeur du Canada à Pékin en janvier 2017 a affirmé qu'il s'est mal exprimé quand il a évoqué le dossier d'extradition de Mme Meng devant des journalistes à Markham, en banlieue de Toronto, mercredi.

M. McCallum a émis sa déclaration quelques heures après que le premier ministre Justin Trudeau eut affirmé en point de presse qu'il n'avait pas l'intention de donner suite à la demande du Parti conservateur de le congédier.

« Le Canada a entrepris des procédures judiciaires justes, impartiales et transparentes envers Mme Meng Wanzhou, directrice principale des finances de Huawei. Ces procédures permettent notamment aux particuliers de soumettre une défense robuste devant les tribunaux. Je suis désolé que mes propos ayant trait aux procédures judiciaires concernant Mm Meng aient semé la confusion. Je me suis mal exprimé. Ils ne reflètent pas fidèlement ma position sur la question. Comme le gouvernement l'a toujours dit clairement, il n'y a eu aucune intervention politique dans ce dossier », a affirmé M. Mccollum dans son communiqué.

« Le Canada respecte ses engagements juridiques internationaux, notamment en honorant le traité d'extradition qu'il a conclu avec les États-Unis. La règle de droit est fondamentale dans toutes les sociétés libres, et nous continuerons de défendre et de faire respecter ce principe », a-t-il ajouté.

« En tant qu'ambassadeur du Canada en Chine, je n'ai aucun rôle à jouer dans l'évaluation des arguments ni à me prononcer sur le processus d'extradition. La priorité du gouvernement du Canada, ainsi que la mienne, est d'obtenir la libération des deux Canadiens détenus arbitrairement en Chine et de veiller à la protection des droits de tous nos citoyens », a-t-il encore insisté.

Les commentaires candides de John McCallum au sujet de l'affaire Meng Wanzhou ont fait sourciller et suscité de nombreuses réactions, quand certains y ont vu un stratagème politique pour dénouer la sérieuse crise diplomatique entre Ottawa et Pékin.

Au cours d'une conférence de presse avec des médias sinophones dans la région de Toronto, M. McCallum a déclaré qu'à son avis Mme Meng a de bons arguments juridiques qui pourraient lui permettre d'éviter l'extradition vers les États-Unis. Il en a même énuméré quelques-uns, évoquant notamment l'intervention du président des États-Unis Donald Trump dans ce dossier. Ce dernier a affirmé qu'il pourrait intercéder en faveur de Mme Meng si cela pouvait permettre d'obtenir un meilleur accord commercial entre les États-Unis et la Chine.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, a sauté sur l'occasion pour réclamer le congédiement de l'ambassadeur en Chine pour ces déclarations. Il dénonce le fait que ces commentaires puissent remettre en doute la séparation des pouvoirs politiques et juridiques.

- Avec La Presse canadienne