Le premier ministre Justin Trudeau ne croit pas que son homologue québécois François Legault s'apprête à rallier le camp des premiers ministres provinciaux qui souhaitent le faire trébucher durant la prochaine campagne électorale, même s'il a montré des signes d'impatience cette semaine.

Mis à jour le 19 janv. 2019
JOËL-DENIS BELLAVANCE LA PRESSE

À l'issue d'une retraite de trois jours de son cabinet, vendredi, M. Trudeau a adopté un ton conciliant envers M. Legault, 24 heures après que ce dernier lui eut présenté une longue liste de demandes durant une rencontre jeudi. M. Legault a aussi clairement fait savoir qu'« il [était] temps de passer à l'action » dans des dossiers qu'il juge prioritaires tels l'instauration d'une déclaration d'impôts unique pour les contribuables québécois, une réduction des seuils d'immigration de 20 % au Québec et une compensation plus juste pour les coûts liés à l'arrivée de dizaines de milliers de migrants au Québec qui ont traversé la frontière canado-américaine de manière irrégulière, entre autres choses.

S'adressant aux journalistes pour la seule fois durant cette retraite du Cabinet visant à préparer la rentrée parlementaire du 28 janvier, M. Trudeau a soutenu que Legault et lui partageaient de nombreux objectifs, dont ceux de lutter contre les changements climatiques et d'investir dans les transports collectifs et les infrastructures.

« Mon travail en tant que premier ministre est de travailler avec tous les premiers ministres pour créer des opportunités qui vont profiter à tous les Canadiens. Évidemment, il y a un éventail de points de vue d'une province à l'autre. Mais j'ai toujours démontré que ma priorité est de travailler d'une manière constructive sur les dossiers sur lesquels nous sommes d'accord et de contourner et minimiser les domaines où nous avons des divergences d'opinions. Je continue d'avoir de nombreux objectifs en commun avec M. Legault. J'ai hâte de continuer à travailler avec lui sur une foule de dossiers », a dit M. Trudeau.

Mais il a refusé d'indiquer vendredi si son gouvernement était prêt à donner suite aux demandes de M. Legault, notamment sur le délicat dossier des seuils d'immigration, se bornant à dire que les ministres responsables des deux gouvernements allaient se rencontrer pour en discuter plus à fond au cours des prochaines semaines.

L'enjeu de la main-d'oeuvre

M. Trudeau a toutefois réitéré les propos de son ministre des Affaires intergouvernementales, Dominic LeBlanc, à savoir qu'il faut aborder ce dossier dans une perspective plus large, de façon à tenir compte des besoins du Québec en main-d'oeuvre pour ne pas nuire à la croissance de l'économie.

« Nous avons parlé des seuils d'immigration [durant notre rencontre] et nous avons aussi parlé beaucoup de la pénurie de main-d'oeuvre qui existe partout au Québec, particulièrement dans les régions », a dit M. Trudeau.

Quant au test des valeurs réclamé par François Legault qui serait imposé à tous les nouveaux candidats à l'immigration à l'avenir, Justin Trudeau n'a pas voulu se prononcer, affirmant ne pas avoir encore vu une proposition en ce sens. « Il parle de différentes choses, mais on n'a pas vu encore quelle forme cela pourrait prendre. »

Au cours des derniers mois, le premier ministre a perdu de nombreux alliés sur la scène fédérale, notamment en Ontario, où la libérale Kathleen Wynne a été défaite par les progressistes-conservateurs de Doug Ford. Au Nouveau-Brunswick, le libéral Brian Gallant a été défait par les conservateurs de Blaine Higgs, qui sont aussi hostiles aux libéraux de Justin Trudeau. En mai, les électeurs de l'Alberta iront aux urnes et tout indique qu'ils vont porter au pouvoir le conservateur Jason Kenney, ancien ministre fédéral dans le gouvernement de Stephen Harper