L'ambassadeur du Canada à Pékin croit que le temps n'est pas encore venu pour que le premier ministre contacte directement le leader chinois.

Mis à jour le 18 janv. 2019
LINA DIB LA PRESSE CANADIENNE

John McCallum a offert, vendredi matin, une description de l'état des relations entre le Canada et la Chine à un comité parlementaire à Ottawa. Jugeant la situation trop délicate, la dizaine de parlementaires membres du comité ont entendu l'exposé à huis clos.

À la fin de la réunion, les députés conservateurs ont à nouveau réclamé que Justin Trudeau téléphone à Xi Jinping.

L'ambassadeur McCallum, lui, estime que ce serait là la dernière munition à utiliser et qu'il faudrait attendre encore.

À son arrivée à la réunion, tout comme à son départ, il a rappelé qu'une chose lui importe plus que tout.

« Ma priorité est de faire libérer les deux personnes et de sauver la vie de la troisième », a-t-il rappelé aux journalistes qui l'attendaient à la porte.

Les relations sont tendues entre le Canada et la Chine depuis l'arrestation en décembre d'une dirigeante de l'entreprise chinoise Huawei, Meng Wanzhou, à la demande des États-Unis. Elle est retenue au Canada, en attente d'une procédure d'extradition pour répondre à des accusations américaines.

Pékin a réagi en arrêtant en Chine deux citoyens canadiens, Michael Kovrig et Michael Spavor, détentions qu'Ottawa juge arbitraires. Depuis, la justice chinoise a également imposé la peine de mort à Robert Lloyd Schellenberg, un Canadien détenu en Chine pour trafic de drogues.

L'ambassadeur compte sur l'intervention des alliés du Canada pour mettre fin à la querelle et sortir les trois citoyens canadiens du pétrin.

« La Chine est un grand pays. Et je pense que nous seuls nous ne pourrons peut-être pas résoudre le problème. [...] Les alliés du Canada se sont manifestés en grand nombre et nous leur sommes tous reconnaissants », a-t-il dit.

Après avoir offert sa vision au comité parlementaire, M. McCallum a répété devant les journalistes que la bonne stratégie est de convaincre les gens d'affaires chinois que ce n'est pas dans l'intérêt de leurs affaires, ni de leur pays, d'arrêter des citoyens étrangers pour les « utiliser comme monnaie d'échange ».

Impatients, les élus conservateurs veulent que Justin Trudeau s'en mêle plus directement. Si l'appel au leader chinois est « la dernière munition », il ne faut pas attendre d'être sûr de toucher le coeur de la cible avant de l'utiliser, de l'avis de Peter O'Toole.

Le député conservateur s'est aussi plaint que l'ambassadeur n'ait pas pu donner le nombre exact de Canadiens détenus en Chine en ce moment.

M. McCallum assure que la querelle n'implique que les trois hommes pour lesquels il manoeuvre en ce moment. Les autres cas consulaires gérés par les diplomates canadiens en Chine ne sont pas liés à cette affaire, a-t-il assuré.

L'ambassadeur ne croit pas que tous les Canadiens doivent éviter de voyager en Chine. M. McCallum conseille plutôt de bien lire les avis de voyage émis par le ministère canadien des Affaires mondiales et d'éviter le voyage si on a eu des mauvaises expériences passées avec les autorités chinoises.

M. McCallum, quant à lui, se sent tout à fait en sécurité en Chine, même si les déclarations publiques des autorités chinoises se font de plus en plus menaçantes.

« Je n'ai aucune crainte. Un des gens de sécurité m'a avisé de ne pas avoir le drapeau canadien sur ma voiture. J'ai dit non, c'est ridicule. Donc, quand je conduis à travers Beijing, j'ai toujours le drapeau canadien. Je n'ai pas eu d'incident », a-t-il rapporté.