Niki Ashton croyait qu'elle avait un horaire des plus chargés en s'acquittant de ses fonctions de députée du Nouveau Parti démocratique (NPD) à la Chambre des communes. Débattre des enjeux de société comme la lutte contre les changements climatiques et les inégalités sociales, défendre les intérêts de sa circonscription de Churchill-Keewatinook Aski, dans le nord du Manitoba, et trouver des solutions aux problèmes de ses commettants meublaient ses longues journées de travail.

Mis à jour le 2 janv. 2019
JOËL-DENIS BELLAVANCE LA PRESSE

Oui, ses journées de travail étaient éreintantes, à l'instar de celles de l'ensemble de ses collègues des Communes. Mais c'était avant qu'elle ne donne naissance à des jumeaux, Leonidas et Stephanos, le 31 octobre 2017, quelques semaines après la fin de la course à la direction du NPD, qu'elle a briguée en vain pour la seconde fois.

« Je pensais bien être occupée avant d'avoir les enfants. En tant que députée, on peut avoir un horaire assez chargé. Mais ce n'était pas du tout le cas si je compare cela à ma vie aujourd'hui », lance d'entrée de jeu Mme Ashton au bout du fil. 

« J'ai fait neuf ans comme députée sans enfants et un an comme députée avec des jumeaux. J'ai dû apprendre très vite à établir comment je peux partager mon temps entre les fonctions de députée et la famille », ajoute-t-elle dans la foulée.

Une circonscription très éloignée d'Ottawa

L'horaire est d'autant plus chargé qu'elle allaite encore ses deux fils, qui ont maintenant presque 14 mois, et qu'elle représente une vaste circonscription manitobaine qui l'amène à prendre deux vols d'avions pour se rendre dans la capitale canadienne - un premier entre Thompson, sa ville natale, et Winnipeg, capitale du Manitoba, et un deuxième entre Winnipeg et Ottawa.

« Le plus grand défi, c'est de trouver une façon de voyager de façon plus efficace. Je voyage beaucoup soit chez moi, dans le nord du Manitoba, soit entre mon comté et Ottawa », affirme-t-elle dans un excellent français, elle qui a fréquenté une école d'immersion française à Thompson.

« Plusieurs de mes collègues qui ont eu des enfants sont québécoises et plusieurs peuvent voyager en voiture chez elles. Mais pour moi, ce n'est pas une option. Ça prendrait trois jours ! Mes enfants voyagent toujours avec moi. Ils sont encore jeunes et j'allaite encore. C'est donc essentiel qu'ils soient avec moi. » - La députée néo-démocrate Niki Ashton

« J'ai le privilège de représenter un comté assez jeune. Les communautés autochtones en particulier, mais aussi toutes les communautés sont assez jeunes. Donc, il y a beaucoup d'enfants, les familles sont jeunes. Quand je voyage chez moi, l'accueil est très chaleureux. Le monde me connaît depuis des années. Maintenant, j'ai les petits. Ils m'accueillent d'une façon très chaleureuse. Ils offrent de m'aider. Ils jouent avec les enfants. Et ils me les prennent pour que je puisse continuer ma journée. »

Pas de congé parental

Issue d'une famille politique - son père Steve Ashton a été député provincial au Manitoba pendant près de 30 ans -, Mme Ashton a rapidement remis ses souliers de députée, une dizaine de jours à peine après la naissance de ses enfants. Elle n'avait pas véritablement le choix, puisque la Chambre des communes n'offre toujours pas de congé parental pour les députées qui donnent naissance durant leur mandat. Pis encore, les services de garderie sur la colline parlementaire ne sont pas adaptés aux besoins d'une nouvelle maman. Seuls les enfants de 18 mois et plus sont acceptés à la garderie de la colline parlementaire.

Résultat : elle doit compter sur l'aide de son conjoint, Bruce Moncur, de sa famille et de ses amis pour s'acquitter de ses fonctions de députée et de ses responsabilités de maman.

« Ce n'est pas facile. Mais c'est un choix personnel. C'est comme cela que je veux que mes enfants grandissent. Jusqu'à maintenant, j'ai pu le faire. Mais il faut dire que mes enfants sont très flexibles aussi. Ils s'adaptent facilement. » - La députée néo-démocrate Niki Ashton 

« Quand ils montent dans un avion, ils m'apparaissent un peu trop confortables. Tout le monde m'aide. Quand j'ai besoin d'aide, on répond avec un "Oui" ! », souligne-t-elle en riant.

« Parfois mon père voyage avec moi, parfois c'est ma mère. La famille de mon conjoint nous aide aussi. Le grand défi, comme pour plusieurs députés, c'est que notre maison est ailleurs, au Manitoba. Ottawa, pour nous, c'est le travail. Ma famille n'habite pas ici. Alors, il faut être très créatif et je suis infiniment reconnaissante du soutien de ma famille », ajoute-t-elle.

Déjà un « Premier discours en Chambre » pour les jumeaux !

Déjà, ses deux garçons ont laissé leur marque à la Chambre des communes. « Ils viennent chaque jour sur la colline. Des fois, ils viennent à la Chambre. J'ai dû les emmener lors d'un marathon de votes il y a quelques semaines. J'étais là et ils devaient manger. Il fallait qu'ils viennent. [...] Ils étaient très calmes au début. Et tout d'un coup, ils se sont mis à crier en même temps. Il fallait donc que je quitte la Chambre. Alors que je partais, tous les députés présents ont répondu en lâchant un gros "Ahhhh !" en même temps. Je considère que c'était à ce moment-là qu'ils ont fait leur premier discours en Chambre et leur première contribution à la démocratie de notre pays. Ils ont parlé au nom de leur génération ! »

Le 31 octobre, jour de l'Halloween, les jumeaux ont célébré leur premier anniversaire. Mme Ashton a demandé une permission spéciale à la Chambre des communes pour passer la semaine à la maison, à Thompson, dans sa circonscription, pour organiser une fête. Ce jour-là, Leonidas était déguisé en lion. Stephanos, lui, portait un costume de dragon. Même si elle avait le goût de célébrer, Niki Ashton ne portait pas de déguisement d'Halloween. De toute façon, pour bon nombre de ses commettants, elle n'en avait pas besoin. Elle porte la couronne de « Super Woman » depuis plus d'un an.