Ralph Goodale, à la tête du gouvernement fédéral ? L'idée peut paraître farfelue pour plusieurs. Mais le ministre de la Sécurité publique se verrait confier les rênes du pouvoir à Ottawa si l'actuel premier ministre Justin Trudeau devenait inapte à occuper ses fonctions.

Mis à jour le 28 déc. 2018
JOËL-DENIS BELLAVANCE LA PRESSE

Considéré comme un pilier du gouvernement Trudeau depuis 2015, M. Goodale arrive donc en tête de liste des ministres qui pourraient prendre la relève du premier ministre s'il était dans l'impossibilité d'exercer les fonctions de sa charge, indique-t-on dans des documents obtenus par La Presse en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

« C'est une question de protocole », a lancé le ministre Ralph Goodale à La Presse alors qu'il se rendait à son bureau de la colline parlementaire, à la mi-décembre. Durant un bref échange sur cette question, il a indiqué que ce titre de premier remplaçant lui permet d'obtenir certaines séances d'information confidentielles auxquelles il n'aurait normalement pas droit.

Dans les rangs libéraux, M. Goodale, qui a été ministre des Finances dans le gouvernement de Paul Martin (2003-2006) et qui a aussi occupé les fonctions de ministre de l'Agriculture, ministre des Ressources naturelles et ministre des Travaux publics dans le gouvernement de Jean Chrétien (1993-2003), agit déjà comme le vice-premier ministre du gouvernement, sans toutefois avoir le titre officiel.

« Il est de facto le vice-premier ministre du gouvernement », a souligné une source libérale qui souhaitait s'exprimer sous le couvert de l'anonymat.

Une relève assurée en cas d'urgence

Signe indéniable de son influence au sein du gouvernement et du Parti libéral, M. Goodale s'est vu confier le mandat de superviser la rédaction du programme électoral du parti en prévision de la prochaine campagne électorale en compagnie de la députée d'Ottawa-Vanier, Mona Fortier.

Si M. Goodale - qui est le seul député libéral de la province de la Saskatchewan - était lui-même incapable d'assumer les fonctions de premier ministre, il incomberait au ministre de l'Agriculture Lawrence MacAuley, originaire de l'Île-du-Prince-Édouard, de prendre les commandes du gouvernement fédéral.

Le ministre des Finances, Bill Morneau, arrive pour sa part au septième rang sur la liste des remplaçants établie par le Bureau du Conseil privé, à la demande du premier ministre lui-même, derrière Carolyn Bennett (ministre des Relations Couronne-Autochtones), Scott Brison (président du Conseil du Trésor), Dominic LeBlanc (Affaires intergouvernementales) et Navdeep Bains (Innovation).

Le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, est en tête des élus québécois à la table du cabinet parmi les remplaçants potentiels, devant le ministre des Transports, Marc Garneau. Il arrive toutefois au 11e rang.

Selon les documents obtenus par La Presse, la liste des ministres pouvant agir au nom du premier ministre en cas d'urgence a été adoptée par le cabinet dans la foulée du dernier remaniement ministériel, effectué en juillet.

Ce décret précise aussi dans les moindres détails qui, parmi les ministres, prendrait la relève d'un collègue qui deviendrait soudain incapable de mener à bien ses fonctions.

Au Bureau du Conseil privé, un porte-parole, Stéphane Shank, a indiqué que c'est le premier ministre lui-même qui détermine l'ordre des ministres qui peuvent exercer ses fonctions dans le cas où il est dans l'impossibilité de le faire.

« C'est la prérogative du premier ministre d'établir la liste des ministres suppléants. La liste des ministres suppléants est revue à la discrétion du premier ministre, souvent dans le cadre de changements apportés au Conseil des ministres », a indiqué M. Shank, gestionnaire des relations avec les médias au Bureau du Conseil privé.

- Avec William Leclerc, La Presse