Ottawa délie à nouveau les cordons de sa bourse pour venir en aide au secteur pétrolier et gazier canadien, au grand dam des partisans d'une transition énergétique.

Mis à jour le 18 déc. 2018
JEAN-THOMAS LÉVEILLÉ LA PRESSE

Des investissements totalisant plus de 1,6 milliard de dollars ont été annoncés hier en Alberta par le ministre des Ressources naturelles du Canada, Amarjeet Sohi, et son collègue de la Diversification du commerce international, Jim Carr.

Ces fonds doivent notamment aider les entreprises du secteur à diversifier leurs marchés d'exportation, elles qui dépendent essentiellement des États-Unis, à l'heure actuelle.

Le plus gros de la somme provient d'Exportation et développement Canada sous la forme d'un « soutien financier commercial » d'un milliard de dollars pour aider les entreprises « à investir dans des technologies novatrices, à combler leurs besoins en fonds de roulement ou à explorer de nouveaux marchés ».

La Banque de développement du Canada investit pour sa part 500 millions de dollars pour aider les petites entreprises « à faire face à l'incertitude actuelle des marchés ». Le Fonds stratégique d'Innovation, Sciences et Développement économique Canada et le Programme de croissance propre de Ressources naturelles Canada complètent le total avec des investissements respectifs de 100 et 50 millions de dollars.

« Pas des subventions »

Cette annonce survient alors que la pression s'accentue sur le gouvernement libéral pour qu'il mette fin aux subventions au secteur des énergies fossiles, conformément à un engagement pris en 2009, lors du sommet du G20, et que les troupes de Justin Trudeau ont indiqué prévoir honorer d'ici 2025.

« Ce ne sont pas des subventions », s'est défendu le ministre

Sohi, affirmant qu'il s'agit plutôt de « fonds commerciaux ».

Insistant sur l'importance d'aider à préserver des emplois, les deux ministres ont rappelé le soutien de leur gouvernement à l'industrie des hydrocarbures, notamment en Alberta.

« Rien ne démontre plus l'engagement de notre gouvernement à aider ce secteur que l'achat de l'oléoduc Trans Mountain », qui représente la solution à long terme aux problèmes de l'industrie, a indiqué le ministre

Sohi, qui a d'ailleurs présenté les fonds annoncés hier comme une solution à court terme.

Réactions négatives

« Nous n'avons pas besoin d'aide pour trouver plus de marchés. Nous avons besoin d'aide pour acheminer notre produit, et je ne vois pas comment on aurait pu être plus clair là-dessus », a affirmé la première ministre albertaine Rachel Notley à Calgary, mardi.

« Offrir aux entreprises et à l'industrie albertaines l'occasion de s'endetter davantage ne constitue pas une solution à long terme. »

Les réactions d'indignation n'ont aussi pas tardé, notamment de la part de l'opposition néo-démocrate, qui a qualifié l'aide annoncée d'« absolument contradictoire ».

Si le gouvernement voulait réellement éviter les pertes d'emploi en Alberta, « il prendrait cet argent pour former la main-d'oeuvre [dans des domaines liés aux] énergies renouvelables », a déclaré à La Presse Alexandre Boulerice, député de Rosemont-La Petite-Patrie et porte-parole en environnement du Nouveau Parti démocratique.

Rappelant qu'une analyse d'Équiterre révélait le mois dernier que le secteur des hydrocarbures reçoit des subventions 12 fois plus élevées que celui des énergies propres, au Canada, Alexandre Boulerice s'est indigné de ce nouvel « appui financier majeur à un secteur en déclin ».

« Ce n'est pas de la transition [énergétique], ça, c'est du statu quo ! »

-Alexandre Boulerice, Nouveau Parti démocratique

Ces investissements sont un « nouveau cadeau aux riches pétrolières » et « un autre pas en arrière », a déploré Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace Canada.

Le gouvernement fédéral devrait selon lui « accélérer la transition vers les énergies renouvelables plutôt que de faciliter l'augmentation de la production et de la consommation de pétrole ».

La directrice des relations gouvernementales d'Équiterre, Annie Bérubé, a pour sa part déclaré qu'il est « plus qu'incompréhensible que des investissements visant à augmenter l'exportation d'une source d'énergie sale soient encore considérés sur le plan national », surtout quelques jours après la fin de la 24e Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP24), où « le Canada s'est voulu le promoteur des objectifs ambitieux pour tous ».

« Investir en Alberta dans le secteur énergétique oui, mais il faut que ce soit dans les énergies renouvelables. On ne peut plus investir des fonds publics dans les énergies du passé », a dit Mme Bérubé.

- Avec La Presse canadienne