Accusé injustement selon lui par les libéraux de Justin Trudeau d'être le complice des coupes du gouvernement de Doug Ford dans les services en français en Ontario, le chef du Parti conservateur Andrew Scheer riposte : « Jamais je n'aurais fait de telles compressions. »

Mis à jour le 23 nov. 2018
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Dans une entrevue accordée à La Presse hier, M. Scheer a affirmé sur un ton sans équivoque que la décision du gouvernement Ford était néfaste pour les francophones de l'Ontario et qu'il avait clairement fait savoir ses inquiétudes et celles de son caucus au principal intéressé dans les jours qui ont suivi l'annonce de ces coupes, la semaine dernière.

M. Scheer a aussi souligné qu'avant de parler au premier ministre Ford, il avait eu une rencontre le même jour, soit samedi, à Toronto, avec la procureure générale de l'Ontario et ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, pour la sensibiliser aux conséquences de ces coupes pour la minorité franco-ontarienne.

Au lieu de jeter inutilement de l'huile sur le feu en l'attaquant pour une décision prise à Queen's Park, clame M. Scheer, le gouvernement Trudeau devrait se mettre à la recherche de solutions concrètes pour soutenir les aspirations des Franco-Ontariens qui travaillent à obtenir leur toute première université de langue française.

À titre d'exemple, le gouvernement fédéral pourrait dresser l'inventaire des édifices qu'il possède dans la région de Toronto afin de déterminer si certains ont été décrétés excédentaires. Il pourrait ensuite céder un édifice excédentaire aux Franco-Ontariens pour maintenir en vie leur rêve de bâtir une université de langue française.

Une telle mesure pourrait, selon lui, constituer une première contribution importante d'Ottawa au projet alors que l'Université de l'Ontario français, qui n'avait pas encore de locaux permanents, devait accueillir ses premiers étudiants en 2020.

« Dès que cette nouvelle a été annoncée, la première chose que les libéraux ont faite, ça n'a pas été d'envoyer un message à M. Ford ou de demander une réunion pour obtenir des explications, mais ils se sont contentés de m'attaquer. Cela ne démontre pas un sérieux pour protéger les services pour les francophones en Ontario. Ils préfèrent donc m'attaquer et faire de la petite politique partisane. Cela est vraiment clair », a affirmé M. Scheer à son bureau de la colline du Parlement, de retour dans la capitale fédérale après une tournée de deux jours en Colombie-Britannique.

FORD INTERPELLÉ

Le chef conservateur, qui a rencontré mercredi les dirigeants de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) à son bureau afin de leur assurer de son soutien, a tenu à souligner que Justin Trudeau n'avait toujours pas communiqué avec Doug Ford pour discuter de ce dossier qui soulève les passions.

« En réalité, je suis le premier chef fédéral à avoir contacté le premier ministre de l'Ontario pour avoir une réunion. J'étais à Toronto et j'ai profité de l'occasion pour demander une rencontre pour lui dire mes inquiétudes. Et je peux vous dire que je n'aurais jamais pris de telles décisions. »

- Andrew Scheer

La semaine dernière, le gouvernement conservateur de Doug Ford a décidé de mettre la hache dans le projet de création de l'Université de l'Ontario français, alors qu'il était sur le point d'aboutir, et d'abolir le Commissariat aux services en français, créé il y a huit ans, provoquant une vague d'indignation aux quatre coins du pays.

Depuis lors, les libéraux de Justin Trudeau accusent sans cesse les troupes d'Andrew Scheer de laisser tomber les Franco-Ontariens en refusant de condamner les coupes de Doug Ford, un allié conservateur en prévision des prochaines élections fédérales. Pour aider les Franco-Ontariens à gagner cette nouvelle bataille qui se transportera assurément devant les tribunaux, à moins d'une volte-face de Doug Ford, le gouvernement Trudeau a annoncé mardi que le programme de contestation judiciaire était pleinement fonctionnel.

C'est ce même programme, réduit à sa plus simple expression durant le règne conservateur de Stephen Harper, qui avait permis aux Franco-Ontariens de sauver l'hôpital Montfort, après une bataille judiciaire de cinq ans. Le gouvernement de Mike Harris avait annoncé la fermeture du seul hôpital universitaire francophone de l'Ontario en 1997, et finalement reculé en 2002 après avoir été rabroué par les tribunaux.

DU CÔTÉ DE LA FRANCOPHONIE

S'exprimant dans la langue de Molière durant l'entrevue, M. Scheer a affirmé qu'il partageait les inquiétudes des francophones quant à la pérennité de leur langue et qu'on devait veiller à offrir des services adéquats aux minorités francophones.

« Je suis le produit des services en français en Ontario. Je viens d'une famille anglophone. Mais mes parents ont décidé de m'envoyer à l'école en français. Si je peux parler avec vous en français, malgré mes quelques erreurs, c'est grâce aux services en français en Ontario. Je suis allé aussi à l'Université d'Ottawa, qui est une université bilingue », a-t-il dit.

« On peut avoir une vraie discussion pour arriver à une solution qui évitera tout impact négatif pour les francophones. Mais Justin Trudeau a choisi à la place d'attaquer le chef de l'opposition au niveau fédéral. C'est une insulte à l'intelligence des francophones. [...] Notre caucus du Québec et moi-même sommes tous du côté des francophones en Ontario », a-t-il ajouté dans la foulée.

M. Scheer a d'ailleurs indiqué que les députés Alupa Clarke et Steven Blaney planchaient depuis septembre sur les mesures que compte proposer le Parti conservateur durant la prochaine campagne pour promouvoir les langues officielles.