Resserrer les liens énergétiques entre les provinces, comme le propose le premier ministre François Legault, pourrait s'avérer un projet tout aussi structurant pour l'avenir du pays que l'a été le projet de construction du chemin de fer à la fin du XIXe siècle.

Mis à jour le 1er nov. 2018
JOËL-DENIS BELLAVANCe LA PRESSE

C'est du moins ce que croit le ministre de l'Infrastructure et des Collectivités du gouvernement Trudeau, François-Philippe Champagne, qui appuie sans hésiter l'idée de construire de nouvelles interconnexions entre le Québec et les provinces voisines afin de faciliter les exportations d'hydroélectricité.

Le ministre Champagne a confirmé hier que le gouvernement Trudeau voyait d'un très bon oeil les ambitions de M. Legault d'augmenter les exportations d'hydroélectricité - une énergie propre - vers l'Ontario et les provinces atlantiques et qu'il était tout à fait disposé à donner un coup de pouce financier au gouvernement caquiste, s'il le souhaite, pour mener à bien un tel projet qui permettrait du coup au Canada de réduire ses émissions de gaz à effet de serre (GES).

« C'est sûr que c'est le genre de projet que nous regardons avec beaucoup d'intérêt. Vous savez, si on veut faire une différence, il faut penser grand. Certainement, les interconnexions, c'est une façon intelligente de faire mieux au Canada afin de profiter de toute l'énergie verte que l'on produit au pays, et de la distribuer dans l'ensemble du pays. »

- François-Philippe Champagne, ministre de l'Infrastructure et des Collectivités

Reconnu pour être une boule d'énergie au sein du gouvernement Trudeau, M. Champagne a indiqué avoir déjà soulevé ce dossier avec divers intervenants au Québec et ailleurs au pays. Son propos visait à souligner qu'Ottawa veut jouer un rôle de « facilitateur » pour maximiser les chances de succès.

Le ministre a aussi discuté de ce dossier avec les dirigeants d'Hydro-Québec, même s'il est à la tête de son ministère depuis juillet seulement.

« C'est certainement le genre de projets que nous voulons soutenir. J'ai toujours dit aux maires et aux mairesses, aux différents ministres provinciaux de penser vert, de penser grand. Justement, le dossier des interconnexions est un des sujets dont je parle régulièrement avec mes homologues et aussi avec les différentes compagnies de production d'énergie à travers le pays », a-t-il affirmé.

Proposition d'alliance énergétique

En campagne électorale, François Legault avait proposé de créer une nouvelle alliance énergétique avec l'Ontario et les provinces maritimes, qui pourrait prendre la forme d'une société d'État énergétique dans laquelle chacune des provinces participantes et, éventuellement, les Premières Nations détiendraient des intérêts afin de permettre au Québec de devenir « une immense batterie d'énergie propre ».

« J'ai l'intention de lancer des discussions pour forger une alliance énergétique avec l'Ontario et les provinces atlantiques. Avec nos immenses réservoirs, le Québec constitue une immense batterie d'énergie propre dans le nord-est de l'Amérique. »

La Presse rapportait hier que M. Legault avait profité de sa toute première rencontre avec le premier ministre Justin Trudeau, au Sommet de la Francophonie en Arménie, il y a deux semaines, pour expliquer les grandes lignes des intentions du gouvernement caquiste en matière d'exportation d'hydroélectricité.

M. Trudeau avait accueilli favorablement l'idée du premier ministre désigné, a-t-on indiqué à Ottawa. M. Legault avait aussi abordé brièvement ce dossier avec le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, le soir de sa victoire électorale, a-t-on indiqué à Québec.

Aide financière possible

Le gouvernement de François Legault pourrait obtenir une aide financière d'Ottawa pour mener à bien son plan. Le gouvernement Trudeau a annoncé en décembre 2016 son intention d'investir près de 22 milliards de dollars dans les infrastructures vertes au cours de la prochaine décennie - ce qui comprend des projets comme la construction d'interconnexions électriques stratégiques qui contribueraient à réduire les émissions de GES. Jusqu'ici, aucune province n'a cogné à la porte d'Ottawa pour discuter d'une contribution fédérale à la construction d'un tel projet, destiné à être une initiative à long terme.

En outre, la Banque de l'infrastructure du Canada - une société d'État créée par le gouvernement Trudeau - compte investir au moins 5 milliards de dollars sur une période de 11 ans dans des projets d'infrastructures vertes, y compris les interconnexions.

En entrevue, hier, M. Champagne a dit souhaiter que les provinces puissent mettre fin à la méfiance qui existe depuis plusieurs années quand il s'agit de collaborer pour des projets énergétiques interprovinciaux, notamment entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador.

« Les citoyens et les citoyennes sont rendus ailleurs. Les gens veulent un avenir plus vert, un avenir plus moderne, un avenir plus résilient. Et c'est ce qu'on s'engage à faire. [...] Les gens sont rendus plus loin que cela. Les gens veulent voir du concret, ils veulent voir des projets verts. C'est ce qu'on va réaliser pour les Canadiens », a-t-il dit.