Il est premier ministre désigné depuis moins de deux jours, mais déjà, François Legault a reçu une première mise en garde du premier ministre Justin Trudeau: invoquer la disposition de dérogation pour priver les citoyens de droits n'est pas quelque chose à prendre « à la légère ».

MÉLANIE MARQUIS LA PRESSE CANADIENNE

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) a clairement évoqué son intention d'avoir recours à cette clause afin d'interdire aux personnes en position d'autorité, comme les juges et les policiers, d'arborer des signes religieux.

« Je crois que la vaste majorité des Québécois aimeraient avoir un cadre prévoyant que les gens en position d'autorité ne doivent pas porter de signes religieux », a argué M. Legault au lendemain de sa retentissante victoire électorale.

« Et si nous devons avoir recours à la disposition de dérogation pour appliquer ce que la majorité des Québécois veut, on le fera », a ajouté le premier ministre désigné du Québec, qui s'exprimait en anglais.

Sans surprise, l'idée a vivement déplu au premier ministre Trudeau, qui n'a pas tardé à y réagir à son arrivée au parlement, mercredi matin.

« L'utilisation de la clause nonobstant (...) ne devrait être faite qu'en des moments exceptionnels et après beaucoup de réflexion et beaucoup de considérations profondes sur les conséquences », a-t-il exposé lors d'un bref échange avec les journalistes.

« Ce n'est pas quelque chose à faire à la légère, parce que de supprimer, ou d'éviter de défendre les droits fondamentaux des Canadiens, je pense que c'est une chose à laquelle il faut faire très attention », a enchaîné le premier ministre canadien avant de tourner les talons.

Il a pris soin de réitérer sa position sur la question du port des signes religieux: « Comme vous savez très bien, je ne suis pas de l'opinion que l'État devrait dire à une femme ce qu'elle devrait porter, ni ce qu'elle ne devrait pas porter ».

Son député montréalais Marc Miller a abondé dans le même sens, et pour étayer son argumentaire, il a déploré les conséquences du recours à l'article 33 de la Constitution sur la communauté anglophone québécoise.

« La clause nonobstant, au Québec, on l'a vécue pendant bien des années. On sait l'importance de cette clause pour préserver la langue française, évidemment dans un contexte où il y a une forte minorité anglophone qui a souffert là-dessus », a-t-il argué.

L'élu a dit vouloir laisser à François Legault « le temps de réfléchir, de penser à son affaire ».

La clause de dérogation permet l'adoption de lois qui dérogent à certains articles de la Charte canadienne des droits et libertés.

Du côté de Boucherville, où sont réunis les candidats élus et défaits de la CAQ, on a préféré jouer de prudence.

« Je vais laisser le gouvernement se mettre en place, il y aura des discussions avec le gouvernement fédéral quand ce sera le temps », a offert le député réélu Éric Caire en mêlée de presse.

« Je ne pense pas que ce soit ni le lieu ni l'endroit pour discuter de ça », a-t-il tranché.