Accusant le gouvernement libéral de vouloir procéder coûte que coûte aux travaux d'élargissement de l'oléoduc Trans Mountain, nonobstant les inquiétudes exprimées par les peuples autochtones, le député néo-démocrate Roméo Saganash a causé un certain émoi à la Chambre des communes mardi en soutenant que le premier ministre Justin Trudeau «does not give a fuck» au sujet de leurs droits.

JOËL-DENIS BELLAVANCE LA PRESSE

M. Saganash, qui représente la circonscription d'Abitibi-Baie-James-Nunavik-Eeyou aux Communes depuis 2011 et qui défend la cause des Premières nations avec passion, a été immédiatement rabroué par le président de la Chambre Geoff Regan pour ses propos jugés non parlementaires après avoir sa question en anglais.

Visiblement furieux de constater que le gouvernement Trudeau a la ferme intention de mener à bien le projet d'agrandissement de l'oléoduc, peu importe les résultats des consultations que doit mener l'Office national de l'énergie (ONE) au cours des 22 prochaines semaines, M. Saganash a reproché au premier ministre de vouloir bafouer les droits des peuples autochtones.

«Quand le premier ministre insiste pour dire que l'agrandissement de ce pipeline ira de l'avant coûte que coûte, et que le ministre (des Ressources naturelles) ajoute que le Canada ne pourra pas répondre à toutes les inquiétudes des peuples autochtones, cela veut dire qu'ils ont décidé de violer sciemment leurs obligations et devoirs constitutionnels. (...) Pourquoi le premier ministre ne dit-il pas la vérité et dire aux peuples autochtones qu'il se câlisse de leurs droits (He does not give a fuck about their rights)», a lancé M. Saganash, au grand étonnement des autres élus.

Le président des Communes a invité le député du NPD à retirer ses propos et à présenter ses excuses à l'ensemble des députés. M. Saganash s'est plié rapidement à cette demande.

«M. le Président, ce qui se passe présentement est tellement insultant que cela me met hors de moi. Je m'en excuse et je retire le mot. Je suis vraiment désolé», a-t-il dit avant de se rasseoir.

La semaine dernière, le ministre des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, a annoncé qu'il accordait un délai de 22 semaines à l'ONE «pour réaliser un examen approfondi» du projet d'agrandissement de Trans Mountain tout en tenant compte de la décision de la Cour d'appel fédérale du mois dernier.

Entre autres choses, l'ONE doit analyser les mesures prises par le gouvernement fédéral protéger la population d'épaulards du sud et évaluer le Plan de protection des océans. L'ONE a aussi accepté, dans le cadre de ce réexamen, d'offrir des aides financières aux groupes autochtones qui souhaitent se faire entendre.

Dans sa décision, la Cour d'appel fédérale a annulé le décret adopté par le gouvernement Trudeau en décembre 2016 qui donnait le feu vert aux travaux d'agrandissement de l'oléoduc Trans Mountain, au motif que le gouvernement ne s'était pas acquitté de ses obligations constitutionnelles en consultant adéquatement les peuples autochtones. Le tribunal a aussi mis en doute l'évaluation environnementale qui avait été menée par l'ONE.

«Le projet d'agrandissement du réseau de Trans Mountain est un investissement dans l'avenir du Canada. Le gouvernement du Canada reste déterminé à adopter un plan d'action clair et fiable pour le projet», avait notamment affirmé le ministre Sohi la semaine dernière.