Querelle avec Riyad: Chrystia Freeland persiste et signe

L'ambassade d'Arabie saoudite au Canada, à Ottawa.... (Photo David Kawai, La Presse canadienne)

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L'ambassade d'Arabie saoudite au Canada, à Ottawa.

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La Presse Canadienne

Si le Canada est certes «préoccupé» par l'expulsion de son ambassadeur en Arabie saoudite, cela n'entame en rien sa détermination à défendre les droits de la personne et de la femme sur la scène internationale - et ce, même si cela déplaît aux régimes qui les briment, a tranché la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland.

La diplomate en chef du pays a réagi lundi à la décision du régime du prince héritier Mohammed ben Salmane de geler des relations diplomatiques et commerciales avec Ottawa. Le royaume a été vexé, selon la version officielle, de voir le gouvernement Trudeau critiquer l'arrestation de militantes des droits de la personne par les autorités saoudiennes, dont la soeur du blogueur Raïf Badawi.

La ministre Freeland, qui avait exprimé sa déception à cet égard vendredi dernier sur Twitter, a soutenu lundi en point de presse à Vancouver que sa déclaration était «exactement correcte», «une chose qu'il était normal de dire pour notre gouvernement» et qu'elle n'avait par ailleurs rien d'inusité.

«Ce n'était pas la première fois. On a déjà souligné l'importance des droits humains et l'importance des droits de la femme, quelques fois en public, et pendant nos discussions diplomatiques. J'ai parlé de cet enjeu, par exemple, pendant ma rencontre bilatérale avec le ministre des Affaires étrangères d'Arabie saoudite au Bangladesh», a-t-elle affirmé en français.

«Nous défendrons toujours les droits humains, les droits des femmes, partout sur la planète. Et je veux mentionner, en ce qui a trait à la famille Badawi, Ensaf Haidar (la femme du blogueur saoudien emprisonné) est une citoyenne canadienne, et par conséquent, sa famille et elle ont droit à une attention particulière du gouvernement du Canada», a ajouté Mme Freeland.

La ministre avait auparavant précisé par voie de communiqué que l'ambassade du Canada à Riyad, en Arabie saoudite, poursuivait ses activités régulières. En point de presse, Mme Freeland s'est gardée de fournir des détails sur la situation de l'ambassadeur déclaré persona non grata, Dennis Horak, se contentant de déclarer qu'il se portait bien.

L'opposition conservatrice n'avait pas offert de réaction à ces importants rebondissements, lundi soir.

Au Nouveau Parti démocratique (NPD), la députée Hélène Laverdière a été prompte à livrer ses commentaires: «Nous avons été contents de voir le gouvernement libéral se prononcer enfin sur les droits de la personne en Arabie saoudite», a-t-elle écrit dimanche sur Twitter, qualifiant de «totalement inacceptable» la réponse de Riyad.

«Critique inoffensive»

Le gazouillis de Chrystia Freeland n'avait rien de bien exceptionnel, a noté Thomas Juneau, professeur à l'École supérieure d'affaires publiques et internationales de l'Université d'Ottawa. «C'était parfaitement normal; c'était le genre de critique, en bout de ligne, assez inoffensive, purement verbale, et même pas particulièrement sévère», a-t-il suggéré.

Comment expliquer, alors, cette réplique musclée? «On ne peut pas spéculer. Mais la politique étrangère saoudienne, depuis deux ou trois ans, est beaucoup plus agressive qu'elle ne l'était par le passé. On le voit dans la guerre au Yémen, on le voit dans l'embargo sur le Qatar», a exposé M. Juneau.

Mais l'enjeu des exportations de matériel militaire vers le régime autoritaire (dont le contrat de 15 milliards $ de véhicules blindés légers de fabrication canadienne qui a tant fait couler d'encre ici) a pu «causer une certaine frustration» et plomber les relations canado-saoudiennes, estime-t-il.

«Les Saoudiens voyaient ça comme un investissement. Ça ne s'est pas produit, parce qu'une fois que les libéraux sont arrivés au pouvoir et qu'ils ont choisi de respecter l'entente et de ne pas chercher à approfondir les relations, parce que c'était trop controversé, pour les Saoudiens, c'était en quelque sorte une trahison», a analysé le professeur Juneau.

À cela s'ajoute le fait que le prince héritier tente vraisemblablement d'asseoir son autorité en servant une mise en garde aux pays qui seraient tentés de lui servir des remontrances, croit Bessma Momani, professeure au département de sciences politiques et à la Balsillie School of International Affairs de l'université de Waterloo, en Ontario.

«Il a un style très musclé, il pose des gestes audacieux, et dans ce cas, il veut faire du Canada un exemple pour dire à la communauté internationale de ne pas critiquer le royaume. C'est assurément un précédent, et c'est assurément un précédent que l'Arabie saoudite se montre aussi aussi dure envers un pays occidental du G7», a-t-elle dit en entrevue.

Impact sur les étudiants

Première conséquence tangible de la bisbille diplomatique entre Ottawa et Riyad: des milliers d'étudiants saoudiens qui prévoyaient faire leurs études au Canada doivent faire une croix sur leur projet en raison du gel des relations diplomatiques entre les deux pays.

En même temps qu'il a expulsé l'ambassadeur du Canada en Arabie saoudite et rappelé le sien, le royaume a suspendu les programmes de stages et de bourses au Canada, selon ce qu'a indiqué lundi un responsable à la télévision d'État saoudienne.

Le représentant du ministère de l'Éducation, Jassem al-Harbach, a affirmé sur les ondes de la chaîne El-Ekhbariya que le régime de ben Salmane s'affairait déjà à relocaliser quelque 7000 étudiants et leurs familles se trouvant actuellement au Canada.

Il a avancé que «les États-Unis et le Royaume-Uni auront la part du lion, étant donné les opportunités d'éducation dans ces deux pays», d'après ce qu'a rapporté l'Agence France-Presse (AFP) en citant M. Harbach.

Le bureau de la ministre responsable de l'Enseignement supérieur, Hélène David, n'avait pas encore spécifié quels seraient les impacts potentiels de cette mesure au Québec, lundi après-midi.

À l'Université McGill, on n'a pas été en mesure de dire combien de Saoudiens de la cuvée 2018-2019 pourraient être affectés par le gel des relations diplomatiques entre les deux pays.

«Nous ne connaissons pas encore le nombre exact d'étudiants inscrits pour la prochaine année universitaire, ni l'incidence sur ces inscriptions», a indiqué dans un courriel Vincent Campbell Allaire, porte-parole de l'établissement montréalais.

Il a précisé que 327 étudiants de l'Arabie saoudite étaient inscrits à l'Université McGill au cours de l'année universitaire 2017-2018.

La professeure Bessma Momani regrette que la décision survienne à l'aube d'une nouvelle année scolaire.

«Il est tard, nous sommes en août! Comme professeure, je peux vous dire qu'il ne sera pas facile de trouver des places pour ces étudiants dans d'autres pays», a-t-elle exposé en entrevue à La Presse canadienne.

Elle chiffre à environ 16 000 le nombre de jeunes étudiants d'Arabie saoudite qui profitaient de la bourse du roi Abdallah. Celle-ci défraie selon elle les frais de scolarité et de logement au Canada ou encore le vol de retour à la maison, entre autres.

«J'en connais beaucoup, et je trouve qu'on les place dans une situation très triste», a-t-elle regretté.

Deuxième conséquence concrète de la rupture: le transporteur d'État, Saudi Airlines, a déclaré sur son compte Twitter officiel qu'il suspendait toute liaison aérienne avec Toronto à compter du 13 août.




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