La Charte des valeurs de laïcité du gouvernement Marois a des échos à l'étranger, affirme l'ambassadeur responsable du Bureau de la liberté religieuse, Andrew Bennett.

Mis à jour le 11 déc. 2013
JOËL-DENIS BELLAVANCE LA PRESSE

M. Bennett a confirmé à La Presse qu'il a récemment été interpellé sur ce dossier par le gouvernement turc durant un voyage à Ankara, où il s'était rendu pour exprimer ses préoccupations au sujet du respect des droits des minorités religieuses.

M. Bennett, à la tête du Bureau de la liberté religieuse depuis sa création par le gouvernement Harper en février, a expliqué qu'il a eu des entretiens avec des représentants du ministère des Affaires religieuses de la Turquie, le Diyanet, relativement aux restrictions imposées par le gouvernement aux communautés chrétienne, juive et alévie.

L'ambassadeur a aussi exprimé son inquiétude de voir les autorités turques fermer les yeux sur la saisie de différentes propriétés ecclésiastiques et civiles. Il a également soulevé, auprès de ses interlocuteurs, le contenu du curriculum national, qui est jugé antichrétien.

«J'ai posé des questions à mes interlocuteurs. J'ai soulevé mes préoccupations. Et eux, ils m'ont dit: "Merci, ambassadeur Bennett. Nous sommes les gardiens des relations entre les différentes communautés turques. Merci pour vos suggestions et votre visite. Mais peut-être qu'on peut aussi discuter de la question du Québec." Alors, ils sont parfaitement au courant de ce qui se passe ici. Cela démontre qu'il y a des échos de ce qui se passe ici à l'étranger», a affirmé M. Bennett.

Il a précisé que c'était la première fois qu'un gouvernement étranger faisait allusion aux mesures proposées par le gouvernement Marois pour faire des reproches au Canada. Mais cela pourrait se reproduire, étant donné le grand bruit qu'a provoqué le débat sur cette charte au Québec et dans le reste du pays.

Le Canada n'est plus «cool»

Dans son numéro du 18 novembre, le prestigieux magazine The Economist a d'ailleurs soutenu que le Canada de 2013 n'est plus le pays «cool» qu'il avait louangé en 2003 à cause des politiques environnementales déficientes du gouvernement Harper, de la bulle immobilière qui menace l'économie, de l'indifférence d'Ottawa envers les peuples autochtones et de l'interdiction des signes religieux ostentatoires proposée par le Québec, qui envoie un message négatif aux immigrants.

Même si cette affaire a des échos à l'étranger, M. Bennett a refusé de se prononcer sur les intentions du gouvernement Marois. Il a affirmé que son mandat est de promouvoir la liberté de la religion dans le monde et qu'il incombe donc aux ministres du gouvernement Harper de réagir. Le ministre de l'Emploi, Jason Kenney, a déjà fait savoir l'intention d'Ottawa de contester tout projet de loi mettant en oeuvre la Charte des valeurs devant les tribunaux.

Mais M. Bennett tient à souligner que «la raison pour laquelle [son] bureau est capable de faire la promotion de la liberté de religion est parce que nous avons justement la liberté de religion ici au Canada. C'est une liberté qui est protégée par non seulement les tribunaux et les différents Parlements, mais aussi par les citoyens et la société civile».

Mieux comprendre

Depuis son entrée en fonction, M. Bennett affirme avoir rencontré les représentants de la presque totalité des groupes religieux au pays afin de connaître leurs préoccupations et leurs priorités. Il a aussi rencontré des groupes religieux présents ici qui font l'objet de persécution dans leur pays d'origine, comme le Falun Gong et les bouddhistes tibétains.

«Il est important d'avoir un dialogue avec tous ces groupes pour mieux comprendre la situation dans les différents pays. Ils ont des contacts et ont accès à des informations intéressantes pour nous», a-t-il dit.

Il a aussi rencontré des diplomates et s'est rendu dans certains pays, notamment au Kazakhstan, en Turquie et en Hongrie. Il espère se rendre au cours des prochains mois dans d'autres pays où la liberté de la religion est «en péril».