Justin Trudeau n'a aucun regret d'avoir fumé de la marijuana il y a trois ans alors qu'il siégeait à la Chambre des communes.

Martin Ouellet LA PRESSE CANADIENNE

Au contraire, le chef du Parti libéral du Canada a dit être «très fier» d'avoir été «transparent» en faisant cette confidence dans une entrevue accordée au Huffington Post Canada dans laquelle il expliquait son appui à la légalisation du cannabis.

Au terme d'une rencontre de courtoisie jeudi avec le maire de Québec, Régis Labeaume, M. Trudeau a reconnu avoir «pris une puff» lors d'un souper entre amis sur la terrasse arrière de sa résidence. La substance est illicite, son trafic proscrit, mais le leader libéral refuse d'y voir un manque de jugement de sa part.

«Non, ce n'est pas une erreur. Je ne consomme pas de cannabis, je ne suis pas un grand consommateur du tout. J'ai déjà essayé et je trouve que c'est un exemple qui illustre combien les citoyens ne sont pas au diapason de la masse politique, surtout avec ce gouvernement (conservateur) qui continue d'attaquer et d'être agressif là-dessus», a dit le député de Papineau, entouré d'une meute de journalistes venus recueillir sa réaction à la controverse.

«La réalité, c'est que je fais preuve d'un niveau de transparence car je sais très bien que les conservateurs et mes opposants vont vouloir m'attaquer là-dessus. Je fais confiance aux Canadiens, je fais confiance à l'intelligence et au fait que les Canadiens sont des gens raisonnables qui ne sont pas en phase avec les conservateurs», a-t-il insisté.

M. Trudeau a dit avoir «essayé» la marijuana «cinq ou six fois» au cours de sa vie mais une seule fois depuis qu'il a été élu en 2008. Il fait aujourd'hui campagne pour la légalisation de la marijuana mais son évolution en ce sens est plutôt récente. En 2010, il y a trois ans, durant la période même où il a admis avoir consommé, il se disait contre la décriminalisation du cannabis. Un reporter lui a fait remarquer qu'il faisait, à l'époque, le contraire de ce qu'il prêchait.

«Effectivement. Comme beaucoup de Canadiens qui consomment de la drogue sans en parler à leurs employeurs. Mais moi, je fais preuve d'un niveau d'ouverture et de confiance dans les Canadiens. Je sais que les gens vont comprendre ça», a-t-il dit.

M. Trudeau a connu son chemin de Damas après avoir échangé avec l'organisme NORML Women's Alliance of Canada qui milite en faveur de la légalisation et du contrôle du cannabis, la meilleure méthode, selon cet organisme, pour restreindre l'accès des mineurs à la substance.

«La prohibition permet à beaucoup trop d'adolescents d'avoir accès à de la marijuana. Un jeune a plus facilement accès à de la marijuana dans sa cour d'école qu'il a accès à de l'alcool ou au tabac. C'est ça qu'il faut changer», a-t-il soutenu.

Du reste, la lutte au cannabis est coûteuse, inefficace et ruine des vies, a martelé le chef du PLC.

«Il y a 475 000 personnes qui ont des casiers judiciaires depuis que M. Harper est premier ministre. On dépense 500 millions de dollars par année pour maintenir cette criminalisation. C'est un gâchis de vie et d'argent qui ne protège pas nos enfants contre la consommation de cannabis», a-t-il soulevé.

Souffrant d'asthme, le premier ministre du Canada, Stephen Harper, s'est apparemment toujours tenu loin des effluves de la mari. Jeudi, il a très brièvement commenté les «aveux» de Justin Trudeau, dissimulant mal son plaisir de voir son adversaire libéral sur la défensive.

«Pour M. Trudeau, ses actions parlent d'elles-mêmes. Je n'ai pas d'autres commentaires à ajouter», a-t-il dit alors qu'il se trouvait au Nunavut.

La réaction la plus virulente est venue du ministre fédéral de la Justice, Peter MacKay.

«En fumant de la marijuana en tant que membre du Parlement, Justin Trudeau fait preuve d'un profond manque de jugement», a-t-il dit par voie de communiqué.

«En se moquant des lois du Canada tout en assumant des fonctions d'élu, il donne un mauvais exemple à tous les Canadiens, particulièrement aux plus jeunes. Justin Trudeau n'est tout simplement pas le genre de leader dont notre pays a besoin», a ajouté le ministre MacKay.