Le gouvernement Harper serre la vis aux entreprises qui ont recours à des travailleurs étrangers temporaires. Elles devront dorénavant faire la preuve qu'elles ont un plan visant à former et à embaucher des employés canadiens avant d'obtenir la permission du fédéral.

Mis à jour le 29 avr. 2013
Martin Croteau LA PRESSE

C'est l'un des pans majeurs de la réforme que dévoilera aujourd'hui le gouvernement conservateur.

Ottawa avait déjà annoncé ses intentions lors du dépôt de son budget. Mais les problèmes liés au Programme de travailleurs étrangers temporaires (PTET) ont pris une nouvelle dimension, il y a trois semaines, lorsqu'une enquête de la CBC a révélé que la Banque Royale a remplacé 45 employés canadiens par des travailleurs temporaires venus d'Inde.

«Tel que prévu dans le Plan d'action économique 2013, notre gouvernement conservateur s'engage à ce que des Canadiens aient la première opportunité de décrocher les emplois disponibles», a indiqué une source gouvernementale.

L'un des objectifs avoués de la réforme est de mettre fin aux «pratiques abusives» de certaines sociétés, selon l'expression utilisée hier. Plusieurs s'en servaient alors qu'il leur aurait été facile d'embaucher des travailleurs canadiens.

On souhaite ainsi que, sauf en cas de pénurie de main-d'oeuvre aigüe, les travailleurs étrangers temporaires qui entrent au Canada viennent - justement - de manière temporaire. La réforme est présentée comme un retour à l'objectif initial du PTET.

«Notre gouvernement bouge rapidement pour s'assurer que ces réformes apportées au PTET forcent les employeurs à faire davantage pour recruter et entraîner des Canadiens», a résumé une source.

En vertu de la réforme, les entreprises qui souhaitent le feu vert du fédéral pour embaucher des travailleurs étrangers temporaires devront produire un plan détaillé qui prouve leur intention de former et d'embaucher des travailleurs canadiens. Ce sera une condition sine qua non pour obtenir les visas nécessaires.

Travailleurs agricoles exemptés

Le milieu agricole du Québec avait exprimé des craintes face aux intentions du gouvernement Harper. Les fermes peinent à recruter des travailleurs québécois et les besoins en main-d'oeuvre sont criants, en particulier lors de la saison des récoltes. On craignait que la réforme n'accentue ce problème.

Or, les travailleurs agricoles seront exemptés de la réforme, a-t-on appris.

La controverse qui a suivi les révélations de l'embauche de travailleurs indiens à la RBC a entraîné une condamnation générale à Ottawa. Depuis, le Nouveau Parti démocratique et le Parti libéral pressent le gouvernement Harper de réformer le programme.

Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a ajouté son grain de sel au débat, cette semaine. Il a prévenu qu'une trop grande dépendance envers la main-d'oeuvre étrangère risque de tirer les salaires vers le bas.

Le nombre de travailleurs étrangers temporaires a crû de manière constante au cours des dernières années. Il y en a eu près de 340 000 au Canada l'an dernier.