Le ministre des Finances, Jim Flaherty, s'est fait admonester par des militants du Parti conservateur après qu'il a annoncé, en novembre, qu'il raterait de nouveau son objectif de retour à l'équilibre budgétaire.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Ces militants ont pris le temps de lui expédier une lettre pour montrer leur colère de voir que le ministre prévoyait retarder l'élimination du déficit d'une autre année, soit à 2016-2017, en raison du ralentissement de l'économie canadienne. C'était la troisième fois que M. Flaherty reportait son objectif de mettre fin à l'encre rouge à Ottawa.

Mais quelques jours seulement après avoir confirmé cette mauvaise nouvelle dans sa mise à jour économique, M. Flaherty a été contredit par le premier ministre Stephen Harper. Ce dernier a fait savoir que le gouvernement compte toujours éliminer le déficit avant les prochaines élections, soit en 2015.

Depuis lors, le ministre Flaherty fait de l'élimination du déficit - qui atteindra les 26 milliards de dollars durant l'exercice financier 2012-2013, qui prend fin le 31 mars - une véritable obsession.

Au cours des dernières semaines, il a répété à plusieurs reprises que le fait de retarder le retour à l'équilibre budgétaire n'est guère une option. D'ailleurs, jeudi, lorsqu'il a annoncé qu'il déposera son prochain budget le 21 mars, il a réitéré qu'il garde le cap vers l'élimination du déficit en 2015. Et il a laissé peu de doutes sur le fait que son prochain budget contiendra de nouvelles compressions afin d'atteindre cet objectif.

Chose certaine, les lettres envoyées au ministre Flaherty et obtenues par La Presse en vertu de la Loi sur l'accès à l'information témoignent d'une impatience grandissante chez les militants du Parti conservateur.

Militants en colère

«En tant que conservateur, je suis déçu d'apprendre la nouvelle que le déficit sera pire que prévu. Si les revenus ne sont pas au rendez-vous, il faut couper dans les dépenses. [...] Il y a plusieurs exemples où le gouvernement fédéral dilapide notre argent, en particulier au sein de la bureaucratie inefficace qui jouit d'une généreuse pension. Ma confiance envers ce gouvernement pour réduire la taille et les coûts du gouvernement est sérieusement ébranlée», peut-on lire dans une lettre envoyée le 14 novembre.

Les noms et les adresses des personnes qui ont pris le temps d'envoyer un courriel au bureau du ministre ont été rayés.

Un autre militant conservateur des Prairies affirme qu'il se sent carrément «trahi» parce que chaque mise à jour financière du gouvernement retarde le retour à l'équilibre budgétaire.

«Cela se poursuit depuis que le gouvernement Harper est aux commandes. J'espère que les choses peuvent être résolues, mais comment et quand? Vous devez redoubler d'efforts, ou bien le gouvernement actuel ne peut plus continuer à gouverner. Je dois réfléchir sur les 25 dernières années et me demander qui a réussi à équilibrer le budget. Hélas, ce ne sont pas les conservateurs», peut-on lire dans cette lettre.

Certains ont pris le temps de soumettre des suggestions au grand argentier du pays: mettre fin à la subvention à la Société Radio-Canada, réduire les pensions aux députés, imposer une nouvelle ronde de compressions aux divers ministères ou éliminer les échappatoires fiscales qui profitent aux plus riches.

«Ce n'est pas une gestion acceptable des fonds publics. Cette façon de gérer n'est pas soutenable. Si les revenus sont moins élevés, il faut automatiquement diminuer les dépenses. Autrement, il sera impossible d'atteindre l'équilibre budgétaire», affirme-t-on dans un autre courriel au ministre.

M. Flaherty est ministre des Finances depuis 2006. Cinq des sept budgets qu'il a présentés jusqu'ici ont été déficitaires. D'ici au retour prévu à l'équilibre budgétaire, le gouvernement Harper aura fait passer la dette accumulée de 457 milliards de dollars à quelque 633 milliards de dollars - un bond de 176 milliards de dollars.