Les militants du Parti conservateur au Québec veulent que le gouvernement fédéral se serre considérablement la ceinture une fois qu'il aura éliminé son déficit en 2015-2016. Et ils ont un allié au sein du cabinet fédéral: le ministre d'État responsable du tourisme et des petites entreprises, Maxime Bernier.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Les militants ont adopté récemment une résolution qui forcerait le gouvernement fédéral à geler son budget annuel des dépenses pendant quatre ans à partir du moment où il aura rétabli l'équilibre budgétaire. Ainsi, le budget fédéral, qui devrait atteindre les 300 milliards en 2016-2017, demeurerait le même en dollars courants jusqu'en 2020-2021.

Cette résolution a été parrainée par les militants de la circonscription de Beauce, que représente Maxime Bernier à la Chambre des communes depuis 2006, et elle a été adoptée lors d'une réunion des associations de circonscription à Victoriaville. Elle devrait être débattue au prochain congrès national du Parti conservateur, qui aura lieu du 27 au 29 juin à Calgary.

Appui du ministre

«J'ai évidemment appuyé cette résolution de mes militants, qui ressemble à une proposition que j'ai déjà faite dans un discours à Calgary il y a trois ans. J'espère qu'elle deviendra une politique officielle du parti au congrès national cet été», soutient M. Bernier dans son blogue personnel.

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a promis d'éliminer le déficit, qui devrait atteindre 26 milliards en 2012-2013, avant les prochaines élections, prévues en octobre 2015.

À Calgary, cette résolution risque de provoquer de vifs débats qui pourraient se transformer en reproches envers le gouvernement Harper. Car plusieurs membres influents du mouvement conservateur au pays estiment que le gouvernement Harper a trop augmenté les dépenses de l'État depuis qu'il a pris le pouvoir. Aussi, le ministre Flaherty aura présenté un budget déficitaire durant sept exercices financiers consécutifs sur neuf lorsque les Canadiens se rendront aux urnes en 2015.

«Un malaise»

Au total, le gouvernement Harper aura fait passer la dette accumulée de 457 milliards à 628 milliards - une augmentation de 172 milliards en sept ans - une fois l'équilibre budgétaire rétabli.

«Il ne fait aucun doute que les dépenses ont beaucoup augmenté depuis que Stephen Harper est au pouvoir. Et cela suscite de plus en plus un malaise au sein de la base conservatrice. On ne peut que saluer cette initiative des militants conservateurs du Québec», a dit le directeur national de la Fédération canadienne des contribuables, Gregory Thomas.

Il a ajouté que le tandem libéral formé de l'ancien premier ministre Jean Chrétien et de l'ancien ministre des Finances Paul Martin a mieux géré les finances publiques que les conservateurs de Stephen Harper.

Contestation en Alberta

Il faut dire aussi que le contexte politique en Alberta, bastion des conservateurs, est devenu explosif sur la scène provinciale. Le gouvernement progressiste-conservateur d'Alison Redford est vertement critiqué depuis sa réélection en mai dernier parce qu'il est incapable de maîtriser les dépenses. Reconnue comme une province riche, l'Alberta se dirige allègrement vers un déficit de 6 milliards cette année, notamment en raison de la chute des prix des matières premières. En privé, des députés conservateurs fédéraux n'hésitent pas à critiquer la gestion des finances du gouvernement Redford.