«Inquiétant», «déloyal», «inacceptable»: les appels trompeurs sur lesquels Élections Canada enquête au Québec témoignent d'un effort à grande échelle de suppression du vote, affirment les partis de l'opposition.

Martin Croteau LA PRESSE

Une dénonciation produite en cour dans une cause qui oppose le Conseil des Canadiens au Parti conservateur révèle qu'Élections Canada enquête sur des appels trompeurs dans 20 circonscriptions québécoises.

Parmi celles-ci, on compte Laurier-Sainte-Marie, siège de Gilles Duceppe avant les dernières élections. Un électeur de cette circonscription montréalaise aurait été contacté par une personne se disant de la campagne de Marc Garneau, qui était pourtant candidat dans une autre circonscription, Westmount-Ville-Marie.

Rien dans la dénonciation n'indique qu'un parti politique aurait été derrière le stratagème. Mais le chef bloquiste Daniel Paillé estime que le recours à des appels de ce type pendant des élections n'a pas sa place.

«Quand on dit que les Québécois s'intéressent moins à la chose publique, qu'ils vont moins voter et que la participation baisse... Quand les partis traditionnels, le Parti libéral, le Parti conservateur, le NPD, font ce genre d'appels, on pense que c'est carrément inacceptable. C'est déloyal et carrément inacceptable», a-t-il déclaré.

«Beaucoup plus gros qu'on pensait»

Le critique du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière d'éthique, Alexandre Boulerice, presse depuis des mois le gouvernement Harper d'augmenter les pouvoirs d'enquête d'Élections Canada. À ses yeux, les nouvelles révélations sur la piste québécoise du scandale des appels trompeurs confortent sa position.

«Ce qu'on apprend quand on creuse et qu'on fouille, c'est que c'est beaucoup plus gros qu'on pensait, dénonce-t-il. Et ça concerne beaucoup plus de circonscriptions qu'on pensait.»

Le député libéral Stéphane Dion, lui, n'est guère surpris que les enquêteurs suivent une piste québécoise dans l'affaire des appels trompeurs. Il affirme que des appels téléphoniques «intempestifs» ont été faits dans sa propre circonscription, Saint-Laurent, le jour du vote.

Le Parti libéral réclame une commission d'enquête indépendante pour faire la lumière sur le stratagème.

«On sait à quel point ces techniques ont dérapé aux États-Unis, il ne faut pas que ça arrive au Canada», dit M. Dion.

Rien dans la dénonciation n'indique que le Parti conservateur est soupçonné d'être derrière les appels trompeurs au Québec. La formation politique a toujours maintenu qu'elle a mené une campagne propre, et que ses campagnes téléphoniques servaient uniquement à encourager ses partisans à voter.