La construction de trois nouvelles prisons au Québec d'ici trois ans ne sera pas suffisante pour contenir la surpopulation carcérale, a affirmé l'ex-ministre de la Sécurité publique de la province Robert Dutil à son homologue fédéral Vic Toews, dans une lettre que La Presse a obtenue.

Mis à jour le 13 oct. 2012
Hugo De Grandpré LA PRESSE

«Les projections [...] réalisées au sein de mon ministère indiquent que les nouvelles places en détention créées par ces constructions ne suffiront pas à faire face à l'augmentation anticipée, nonobstant l'impact de la Loi sur la sécurité des rues et des collectivités», a écrit le ministre Dutil dans sa lettre du 8 mai, obtenue en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.

Pour régler ce problème, le ministre québécois espérait mettre la main sur le pénitencier Leclerc, à Laval, dont le gouvernement Harper a annoncé la fermeture en avril. «L'utilisation par la Direction générale des services correctionnels de mon ministère des quelque 480 places qui le composent pour y loger des personnes incarcérées sous responsabilité provinciale constitue, selon moi, une voie qui mérite d'être analysée sérieusement», a écrit M. Dutil.

«Le Ministère et le Service correctionnel du Canada sont toujours en discussion dans ce dossier-là», a confirmé cette semaine à La Presse un porte-parole du ministère de la Sécurité publique du Québec, Clément Falardeau.

La Loi sur la sécurité des rues et des collectivités, autrement connue comme l'ancien projet de loi C-10, est entrée en vigueur il y a quelques mois. Elle avait été sévèrement dénoncée par le gouvernement Charest, qui craignait un afflux de prisonniers vers les établissements provinciaux, entre autres.

Impacts moindres

Le ministre de la Sécurité publique du Canada, Vic Toews, affirme que ces impacts sont déjà moindres que ceux qui étaient appréhendés. Mais Québec a un autre son de cloche. Le ministère de la Sécurité publique du Québec estime que la loi ajoutera de 565 à 1048 pensionnaires de plus par jour dans les prisons provinciales, déjà largement surpeuplées.

Les prisons provinciales hébergent les criminels condamnés à moins de deux ans de détention, tandis que ceux qui écopent de peines plus lourdes se retrouvent dans les pénitenciers fédéraux.

En avril, le gouvernement Harper a annoncé la fermeture de deux établissements, Kingston et Leclerc, car il espérait économiser 120 millions de dollars par année. Mais plusieurs, dont le syndicat des agents correctionnels, s'opposent à ces fermetures.

Service correctionnel Canada a dépensé plus de 3 millions de dollars en projets de rénovation de toutes sortes à l'établissement Leclerc dans les deux années précédant l'annonce de sa fermeture.

Selon des documents obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, ces travaux incluaient des centaines de milliers de dollars pour l'installation de caméras de surveillance, plus de 5000$ pour la rénovation du bureau d'un surveillant, 15 000$ pour la peinture de zones de détention et près de 1 million pour la réfection de toitures.

Avec William Leclerc