Le service de l'accès à l'information du Bureau du Conseil privé (BCP) affiche un portrait du premier ministre Stephen Harper dans son aire de réception, juste à côté de celui de la reine.

Mis à jour le 20 sept. 2012
Hugo De Grandpré LA PRESSE

Ces portraits de M.Harper et de la reine Élisabeth II ont coûté 700$ aux contribuables canadiens, selon des documents obtenus par La Presse en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Le portrait de M. Harper, qui mesure environ 40 cm sur 40, est un peu plus petit que celui de la souveraine (50 cm sur 60).

Le Bureau du conseil privé (BCP) a aussi fait l'acquisition d'une dizaine de téléviseurs à haute définition pour permettre à ses fonctionnaires de suivre la Période de questions. Le coût de ces achats s'élève à près de 2500 $ depuis deux ans.

Cela préoccupe certaines personnes, qui craignent la politisation d'un processus et d'une institution qui se veulent neutres et impartiaux.

«De placer le portrait du premier ministre dans le Bureau de l'accès à l'information, qui est censé être un organisme neutre et indépendant... On politise, avec l'image du chef du Parti conservateur, une institution qui doit être au service du public», a dit le député du NPD Alexandre Boulerice, qui a dénoncé du même coup la dépense facturée aux contribuables.

Le BCP est dirigé par le greffier du Conseil privé, qui se trouve au sommet de la hiérarchie de la fonction publique fédérale. S'il est souvent considéré comme le bras bureaucratique du bureau du premier ministre, le site web du BCP précise qu'il est «l'organisme central de la fonction publique qui appuie le premier ministre ainsi que le cabinet et ses structures décisionnelles de façon impartiale».

La Loi sur l'accès à l'information, en revanche, vise à permettre au public d'avoir accès à des documents en «consacrant le principe du droit du public à leur communication» et en n'établissant que des exceptions «précises et limitées».

Le colonel à la retraite Michel Drapeau, aujourd'hui avocat spécialisé en droit de l'accès à l'information, s'est montré perplexe: «L'impression que ça me donne, c'est que ça politise ce processus. Ce n'est pas ce à quoi je m'attends de ces fonctionnaires, qui ont un rôle très difficile à accomplir, mais très précis: aller chercher les renseignements qui leur sont demandés et les divulguer aux demandeurs.»

Au BCP, le directeur des affaires médiatiques, Raymond Rivet, n'a pas été en mesure de préciser qui a pris la décision d'accrocher ce portrait. Il devait rappeler La Presse en fin de journée hier pour fournir davantage d'information, mais il ne l'a pas fait.

Le bon de commande des portraits, daté de mars 2008, a été autorisé par Ann Wesch, directrice du service de l'accès à l'information du BCP. La personne ressource désignée dans ce document est Robin Kitchen, chef du service à la clientèle. Mme Wesch a elle aussi évité de répondre à nos questions. «Je pense que c'est mieux d'en faire la demande au groupe des communications», s'est-elle bornée à dire.

Au Commissariat à l'information, la responsable des communications, Josée Villeneuve, a indiqué que, à sa connaissance, de tels tableaux ne sont pas chose courante dans les services d'accès à l'information. Elle a précisé qu'aucune plainte n'avait été faite à cet égard. «Donc on ne peut pas vraiment en dire plus», a-t-elle déclaré.

Avec William Leclerc