Le gouvernement Harper a discrètement lancé il y a quelques semaines un appel d'offres pour relancer l'exploration pétrolière dans les eaux de l'Arctique. L'Office national de l'énergie avait placé les ambitions nordiques d'Ottawa en suspens, à la suite du désastre dans le golfe du Mexique. Cet obstacle surmonté, le fédéral est maintenant libre d'y relancer les activités et de poursuivre son plan pour faire du Canada une superpuissance énergétique mondiale.

Hugo De Grandpré LA PRESSE

Q: S'agit-il d'une ruée discrète vers l'or noir du Nord?

R: Le gouvernement Harper a ouvert près de 10 000 kilomètres carrés (905 000 hectares) dans la mer de Beaufort et le delta du Mackenzie à l'exploration potentielle de sociétés pétrolières qui auront présenté une soumission d'ici le 6 septembre. Malgré l'ampleur du territoire visé, l'appel d'offres n'avait pas fait grand bruit avant que le Globe and Mail ne le rapporte en première page, hier. 

Q: Entre-t-on dans une nouvelle ère d'exploration?

R: C'est la première fois qu'un tel appel d'offres est diffusé depuis la fin de l'examen démarré par l'Office national de l'énergie (ONE), en 2010. Cet examen avait été lancé à la suite de l'explosion de la plateforme Deepwater Horizon de la pétrolière BP, qui avait répandu une marée noire monstre dans le golfe du Mexique. «Nous avons essayé d'aller chercher la meilleure information possible pour essayer d'avoir une connaissance plus approfondie des risques et des mesures de sécurité qui seraient associés au forage extracôtier», a expliqué Carole Léger-Kubeczek, agente de communications à l'ONE. Le rapport sur le forage extracôtier dans l'Arctique a été rendu public en décembre. 

Q: Quelle est la suite des choses?

R: La fonte des glaces promet de faciliter une telle exploration, de même que l'éventuelle exploitation des ressources pétrolières immenses qu'est susceptible de receler cette région de l'ouest de l'Arctique. Mais ce n'est pas demain que le premier baril généré par ce nouvel appel d'offres sera extrait de la mer de Beaufort, selon Jean-Thomas Bernard, professeur au département de science économique de l'Université d'Ottawa et spécialiste des ressources naturelles. «C'est certain que le pétrole qui vient de là va coûter cher, parce que ça va coûter cher à exploiter, il y a une infrastructure à développer... Dans de très bonnes conditions, on parle peut-être de 5 à 10 ans», a-t-il précisé. Néanmoins, estime le professeur, «tout ça fait partie de la politique du gouvernement actuel qui veut que le Canada devienne une superpuissance énergétique à l'échelle mondiale». À l'ONE, on promet que les sociétés qui remporteront la mise verront leur projet scruté de près. «Le forage n'aura pas lieu tant que l'Office ne sera pas persuadé que les plans soumis vont assurer la sécurité des employés et assurer la protection de l'environnement», a affirmé la porte-parole.

Q: Quelles craintes ce projet inspire-t-il?

R: À Ottawa, les partis de l'opposition ont appelé à la prudence, hier, et promis de suivre le dossier de près. «Nous ne sommes pas opposés au développement de l'énergie, mais nous sommes dans une situation où nous voyons avec le budget une diminution des capacités d'évaluation environnementale de l'agence responsable, a noté la députée du Nouveau Parti démocratique Megan Leslie. Et maintenant, nous avons cet appel pour des droits de forage dans la mer de Beaufort, qui est plutôt sous le radar.» Le Parti libéral souhaite que le gouvernement adopte des règlements pour encadrer ces activités dans l'Arctique. «Les sensibilités écologiques sont beaucoup plus grandes dans le Grand Nord et dans l'Arctique qu'elles le sont dans le golfe du Mexique, a déclaré le chef, Bob Rae. Et on a vu les problèmes qu'on a eus avec le golfe du Mexique... Avant d'avoir une vente ou une possibilité de faire encore des explorations, ce serait beaucoup mieux d'avoir des règlements beaucoup, beaucoup plus clairs.»