Les leaders européens ne peuvent se contenter de demi-mesures pour régler le problème de dette souveraine de certains pays, affirme le premier ministre Stephen Harper.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

L'économie mondiale risque de plonger dans une deuxième récession en trois ans si ces mêmes leaders n'arrivent pas à préparer un plan d'austérité pour s'attaquer à ce problème, ajoute M. Harper dans une entrevue exclusive accordée à La Presse.

Certes, un tel plan sera douloureux. Mais il est nécessaire pour rassurer les marchés financiers, restaurer la confiance des investisseurs et soutenir la reprise économique mondiale qui demeure fragile.

Le Canada n'est pas à l'abri

À moins de deux semaines du sommet du G20 à Cannes, en France, M. Harper croit que le Canada demeure dans une position enviable par rapport aux autres pays industrialisés. Toutefois, il n'est pas à l'abri des soubresauts économiques venant de l'étranger.

«La situation actuelle [en Europe] n'est pas encore résolue et c'est une situation difficile, coûteuse et controversée. Ce n'est pas facile. Mais nous sommes arrivés à un point où les demi-mesures ne seront pas suffisantes pour vraiment régler ce problème. On ne peut tout simplement plus continuer à pelleter les problèmes devant nous», affirme M.  Harper.

«Les marchés deviennent de plus en plus nerveux. Et maintenant, on comprend que la solution sera douloureuse. Mais je pense que plusieurs en Europe sont rendus au point où ils préfèrent définir l'ampleur de la douleur au lieu de faire face à une douleur inconnue et imprévisible», ajoute le premier ministre.

Dans une lettre publiée il y a deux semaines dans le quotidien The Globe and Mail, M. Harper a affirmé que la crise de la dette souveraine dans les petits pays d'Europe, l'été dernier, s'est propagée et a causé un stress extrême dans le secteur financier européen, en plus de menacer la croissance mondiale.

Cachant mal sa frustration, il a aussi déploré la lente réponse des responsables politiques devant cette crise et affirmé que celle-ci aurait pu être contenue si on avait adopté des mesures fermes.

En entrevue à La Presse, M. Harper a soutenu avoir exprimé non seulement sa propre frustration, mais aussi «une frustration générale dans le monde entier» par cette lettre. Car parmi les risques qui pèsent sur l'économie mondiale, le problème d'endettement de l'Europe est sans contredit «la menace immédiate».

M. Harper attend donc avec impatience le plan d'urgence promis par le président français, Nicolas Sarkozy, et la chancelière allemande, Angela Merkel, cette semaine. Ce plan, qui serait annoncé demain, devrait inclure des mesures pour recapitaliser les banques qui devront accuser des pertes importantes relativement à la dette de la Grèce, de même qu'un accroissement du fonds de sauvetage de la zone euro.

Le Canada, un modèle

Avec l'éclatement de la crise en 2008, le Canada est devenu un modèle économique à suivre au sein du G20, selon Stephen Harper. Le Canada a réussi à récupérer tous les emplois perdus durant la récession, il affiche le taux d'endettement le plus bas des pays du G7 et il n'a pas eu à sauver d'institution financière de la faillite.

«Dans presque tous les enjeux majeurs du monde, du G20, le Canada est un modèle. Qu'il s'agisse du commerce international, de la gestion des finances publiques, de la réglementation des institutions financières, de la lutte contre le protectionnisme, de notre niveau de vie, nous sommes un modèle et nous sommes une source d'inspiration. Nous sommes un modèle pour les autres pays industrialisés et nous sommes une source d'inspiration pour les pays émergents», soutient M. Harper.

Cela dit, le premier ministre assure que son gouvernement sera en mesure d'éliminer le déficit d'ici à 2014-2015, comme il a promis de le faire durant la campagne électorale. Il affirme que les projections de croissance demeurent essentiellement les mêmes malgré les récentes turbulences sur les marchés financiers.